Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 11, 1839.djvu/294

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CHAPITRE XXIII.


C’est celui d’une dame bien jeune encore et la dernière d’une race illustre
Rogers.


Quand les pêcheurs abordèrent au quai, il ne resta pas un seul d’entre eux sur la gondole de la république. Donna Violetta et sa gouvernante entendirent avec alarme le départ tumultueux de ceux qui s’étaient si singulièrement emparés de leurs personnes ; car elles ignoraient presque entièrement la cause qui les avait privées de la protection du père Anselme, et qui leur avait si inopinément prêté un rôle dans une scène si extraordinaire. Le bon moine leur avait seulement dit qu’on demandait son saint office pour un mort ; mais la crainte de leur causer une terreur inutile l’avait empêché d’ajouter qu’elles étaient au pouvoir d’une populace en sédition. Cependant donna Florinda, en regardant par les fenêtres du pavillon et en entendant les cris qu’on poussait, en avait assez appris pour se douter de la vérité. En pareille circonstance, elle jugea que le parti le plus prudent était de se tenir autant qu’il serait possible à l’abri de tous les regards. Mais quand le profond silence qui succéda au débarquement des pêcheurs l’eut convaincue qu’elles étaient seules, elle et sa jeune compagne reconnurent sur-le-champ la chance favorable que la fortune leur avait procurée d’une manière si étrange.

— Ils sont partis, dit donna Florinda à voix basse, respirant à peine et redoublant d’attention.

— Et la police sera bientôt ici pour nous chercher.

Nulle autre explication n’eut lieu ; car Venise était une ville où la jeunesse et l’innocenee apprenaient de bonne heure la nécessité des précautions. Donna Florinda jeta un autre regard par la croisée.