Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 11, 1839.djvu/308

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La pieuse Gelsomina fit le signe de la croix, et après avoir informé ses compagnes de ses intentions, elle les quitta pour faire ses préparatifs. Pendant ce temps donna Florinda écrivit un billet en termes si circonspects qu’il ne pouvait la faire découvrir en cas d’accident, quoiqu’il suffît pour faire connaître au duc de Sainte-Agathe leur position actuelle.

Au bout de quelques minutes la fille du geôlier reparut. Son costume ordinaire, qui était celui d’une jeune fille vénitienne modeste et d’humble condition, n’exigeait aucun déguisement, et le masque, sans lequel personne ne sortait dans cette ville, cachait complètement ses traits. Donna Florinda lui remit alors son billet, lui indiqua le palais qu’elle devait chercher, lui apprit la rue où il était situé, lui fit le portrait de don Camillo pour qu’elle pût le reconnaître, et après avoir reçu bien des recommandations d’être prudente, Gelsomina sortit de la prison.


CHAPITRE XXIV.


Qui a le plus de sagesse ici ? — la justice, ou l’iniquité ?
ShakspeareMesure pour mesure.


Dans la lutte constante qui a lieu entre l’innocence et l’astuce, celle-ci a l’avantage tant qu’elles se bornent l’une et l’autre à des intérêts familiers ; mais du moment que la première surmonte son dégoût pour étudier le vice et se met sous la protection de ses principes élevés, elle se dérobe plus facilement aux calculs de son adversaire que si elle avait recours aux expédients les plus subtils. La nature a rendu chacun de nous assez fragile pour nous mettre à même de comprendre les manœuvres de l’égoïsme et de la ruse ; mais ceux qu’elle a véritablement privilégiés sont ceux qui peuvent envelopper leurs motifs et leurs intentions sous un degré de droiture et de désintéressement qui surpasse l’habileté des intri-