Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 11, 1839.djvu/315

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et, d’après la lumière qu’elle voyait dans la pièce contiguë, elle calcula qu’elle devait y entrer : c’était un petit cabinet. Mais à peine y avait-elle mis le pied, quelle se trouva en face d’une personne de son sexe.

— Annina ! s’écria la fille ingénue du geôlier avec l’expression de la surprise.

— Gelsomina ! répliqua sa cousine ; — la simple, tranquille, modeste Gelsomina !

Les paroles d’Annina n’admettaient qu’une interprétation. Semblable à la sensitive que blesse tout brusque contact, Gelsomina ôta son masque pour respirer plus librement, se trouvant aussi offensée que surprise.

— Toi ici ! ajouta-t-elle, sachant à peine ce qu’elle disait.

— Toi ici ! répéta Annina avec ce rire qui échappe à la femme dégradée qui croit l’innocence réduite à son niveau.

— J’y suis venue pour une mission de pitié.

— Santa Maria ! Nous y sommes donc toutes deux pour le même motif.

— Je ne sais ce que tu veux dire, Annina. — C’est sûrement ici le salon de don Camillo Monforte, noble napolitain qui fait valoir ses droits aux honneurs du sénat ?

— Le plus élégant, le plus beau, le plus riche et le plus inconstant de tous les cavaliers de Venise. Quand tu serais venue ici mille fois, tu ne pourrais être mieux informée.

Gelsomina l’entendit avec horreur. Sa cousine artificieuse, qui connaissait son caractère aussi bien que le vice peut connaître l’innocence, examinait ses joues pâles et ses traits agités avec un secret triomphe. Dans le premier moment, elle avait cru elle-même tout ce qu’elle avait donné à entendre ; mais une seconde réflexion et la vue du chagrin et de l’effroi qu’elle venait de causer à Gelsomina donnèrent une nouvelle direction à ses soupçons.

— Mais je ne t’apprends rien de nouveau, ajouta-t-elle promptement ; je regrette seulement que tu m’aies trouvée ici quand tu croyais y rencontrer le duc de Sainte-Agathe.

— Annina ! Toi me parler ainsi !

— À coup sûr, tu n’es pas venue dans son palais pour y chercher ta cousine.

Gelsomina était depuis longtemps familiarisée avec la douleur, mais elle n’avait jamais connu la profonde humiliation de la honte.