Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 11, 1839.djvu/322

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flatter d’avoir tout l’avantage que les circonstances semblaient lui avoir procuré. Annina était certainement en son pouvoir, et il était impossible qu’elle eût encore fait part de ce qu’elle venait d’apprendre de Gelsomina à aucun de ceux qui l’employaient. Mais un geste, un regard en passant devant la porte de la prison, l’air de se trouver dans un état de contrainte, ou une exclamation, pouvaient donner l’éveil à un des milliers d’espions aux gages de la police. La première chose à faire, et la plus importante, était donc de placer Annina en quelque lieu de sûreté. Retourner au palais de don Camillo, c’était se jeter au milieu des satellites du sénat. Cependant, quoique le seigneur napolitain, comptant sur son rang et son influence, eût préféré renvoyer une fille à la détention de laquelle il n’attachait aucune importance, après en avoir appris tout ce qu’elle savait, le cas était bien différent, maintenant qu’elle pouvait fournir aux officiers de police les renseignements nécessaires pour s’emparer de nouveau des deux fugitives.

La gondole continuait d’avancer. Places et palais étaient laissés en arrière, et Annina impatiente passa la tête par la fenêtre pour voir où elle était. La barque était en ce moment dans le port au milieu des navires, et son impatience augmenta. Sous un prétexte semblable à celui qu’avait pris Gelsomina, elle sortit du pavillon et s’approcha du gondolier.

— Je voudrais être débarquée promptement à la porte d’eau du palais du doge, lui dit-elle en lui glissant une pièce d’argent dans la main.

— Vos ordres seront exécutés, bella donna ; — mais, Diamine ! c’est merveille qu’une fille qui a tant d’esprit ne flaire pas les trésors qui se trouvent à bord de cette felouque.

— Veux-tu dire la Sorrentina ?

— Quel autre patron apporte d’aussi bon vin sur le Lido ? Modère ton impatience d’arriver, fille de l’honnête Tomaso, et fais un marché avec le patron ; nous en profiterons, nous autres gens des canaux.

— Comment ! tu me connais ?

— Pour être la jolie marchande de vin du Lido. Il n’y a pas un gondolier qui ne te connaisse aussi bien que les murs des lagunes.

— Pourquoi es-tu masqué ? Tu ne peux être Luigi ?