Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 11, 1839.djvu/355

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CHAPITRE XXVIII.


Là les prisonniers reposent ensemble ; ils n’entendent point la voix de l’oppresseur.
Job.


On a déjà vu la manière dont le Conseil des Trois tenait ses assemblées publiques, si rien de ce qui a rapport à ce corps mystérieux peut être appelé public. Dans l’occasion présente, il y avait les mêmes robes, les mêmes déguisements et les mêmes officiers de l’inquisition dont nous avons parlé dans un chapitre précédent. Le seul changement était dans le caractère des juges et dans celui de l’accusé. Par un arrangement particulier de la lampe, une partie de la lumière était dirigée sur la place que devait occuper le prisonnier, tandis que le côté où étaient assis les inquisiteurs restait dans une obscurité en harmonie avec leurs sombres et mystérieux devoirs. Avant qu’on eût ouvert la porte par laquelle l’accusé devait paraître, on entendit le bruit des chaînes ; c’était un indice que cette affaire était regardée comme sérieuse. Les gonds tournèrent, et le Bravo parut en présence des juges inconnus qui devaient décider de son sort.

Comme Jacopo s’était souvent trouvé en la présence de ce lugubre Conseil, quoiqu’il n’eût jamais été prisonnier, il ne montra aucune crainte, aucune surprise. Ses traits étaient pâles, mais calmes ; ses membres immobiles et son maintien décent. Lorsque la légère rumeur que causa son arrivée fut apaisée, il régna un profond silence dans l’appartement.

— On t’appelle Jacopo Frontoni ? dit le secrétaire-greffier qui servait d’organe aux trois juges dans cette occasion.

— Oui.