Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 11, 1839.djvu/393

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— Viens ici, mon enfant, dit-il d’une voix tremblante ; approche, te dis-je : que je te donne ma bénédiction.

Gelsomina s’avança et s’agenouilla aux pieds de son souverain. Jamais le père Anselmo ne prononça une bénédiction d’une voix plus claire et avec plus de ferveur que celle que donna le prince de Venise à la fille du geôlier. Il la releva et lui fit signe ainsi qu’au carme de se retirer. Gelsomina obéit volontiers ; car son cœur était déjà dans le cachot de Jacopo, à qui il lui tardait d’apprendre le succès qu’elle avait obtenu. Mais le carme resta un instant de plus, et tourna la tête en sortant avec l’hésitation d’un homme qui connaissait mieux ce qu’une politique mondaine sacrifie sans scrupule aux intérêts des privilèges du pouvoir. Cependant il sentit renaître son espoir ; car il vit le vieux prince, hors d’état de dissimuler plus longtemps ce qu’il éprouvait, s’avancer vers son compagnon toujours silencieux, les bras étendus, les yeux humides de larmes, et d’un air qui annonçait l’émotion d’un homme qui désirait trouver du soulagement dans la sympathie d’un autre.


CHAPITRE XXXI.


Marchons, marchons !… C’est le glas de notre mort ou de celle de Venise. — Marchons !
Lord ByronMarino Faliero.


Le jour du lendemain appela les Vénitiens à leurs affaires. Les agents de la police s’étaient activement occupés à préparer l’esprit public ; et quand le soleil s’éleva au-dessus de la mer, les places commencèrent à se remplir. On y voyait le citadin curieux avec son manteau et son bonnet, l’ouvrier à jambes nues avec une surprise plus timide, le juif circonspect avec sa longue barbe et son balandras, des gentilshommes masqués, et plusieurs de ces étrangers attentifs qui fréquentaient par milliers encore la