Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 11, 1839.djvu/87

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monnaie se trouve placé à l’égard de sa corporation ; agent de ses mesures collectives, dispensé des responsabilités de l’homme. Il mettait de la chaleur, sinon de la finesse, dans ses discussions sur les principes du gouvernement, et il serait difficile, même dans ce siècle de spéculations, de trouver un homme plus persuadé que la fortune était, non pas un intérêt subordonné, mais le principal intérêt de la vie civilisée. Il parlait en homme sage de réputation, d’honneur, de vertu et de religion, et des droits des individus ; mais lorsque le moment était arrivé de décider entre ces droits, il y avait dans son esprit une tendance à les confondre avec ceux de la politique, tendance qui devenait aussi infaillible que la gravitation de la matière vers le centre de la terre. Comme Vénitien, il était également opposé à la domination d’un seul ou de la foule ; étant, dans le premier cas, un républicain furieux, et, dans le second, adoptant ce singulier sophisme qui veut que la domination de la majorité soit celle d’autant de tyrans. Enfin, il était aristocrate, et personne ne s’était plus ingénieusement persuadé de tous les dogmes favorables à la caste à laquelle il appartenait. Il était un avocat puissant des droits dont la noblesse se trouvait investie, parce que leur possession lui était à lui-même avantageuse. Il redoutait à l’excès et les innovations dans les usages et les vicissitudes des familles historiques ; car le calcul chez lui avait mis le tact à la place des principes. En certaines occasions, il aimait à défendre ses opinions par des analogies tirées des décrets de la Providence. Avec une philosophie dont il semblait très-satisfait, il se persuadait que, comme Dieu avait établi différents ordres dans la création qui formaient une chaîne de lange à l’homme, il pouvait en toute sûreté suivre un exemple émané de la sagesse infinie. Rien ne pouvait être plus sage que la base de sa théorie, quoique dans son application il commît l’immense erreur de croire qu’on pouvait imiter la nature en usurpant ses droits.