Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 11, 1839.djvu/99

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peuvent se vanter de cet avantage. Nous ne sommes pas plus heureux que nos voisins, et il y a des exceptions dans toutes les sociétés comme dans toutes les familles. Gino est assez habile dans son état, et fort bon garçon à sa manière. Mais si l’on approfondit les choses, nous ne pouvons pas espérer qu’une oie soit aussi délicate qu’un bec-figue. La nature fait les hommes, quoique ce soient les rois qui fassent les nobles. — Gino est un gondolier.

— Et il est habile ?

— Je ne dis rien de son bras ou de ses jambes, tout cela est assez bien à sa place ; mais quant à la connaissance des hommes et des choses, le pauvre Gino n’est qu’un gondolier. Ce garçon a un excellent cœur, et il est toujours prêt à servir un ami. Je l’aime ; mais vous ne voudriez pas que je disse autre chose que la vérité.

— Bien ! Tiens ta felouque prête, car nous ne savons pas à quel moment nous en aurons besoin.

— Il ne vous reste plus qu’à apporter la cargaison, Signore, pour terminer le marché.

— Adieu ; je voulais encore te recommander de ne point avoir de communication avec les autres marchands, et de prendre garde que les fêtes de demain ne détournent tes gens.

— N’ayez pas peur, signor Roderigo, il ne manquera rien.

Le Bravo retourna dans la gondole, et s’éloigna bientôt de la felouque avec une rapidité qui prouvait que son bras était habitué à l’aviron. Il agita sa main vers Stefano en signe d’adieu, et bientôt la gondole disparut au milieu des bâtiments qui encombraient le port.

Pendant quelques minutes, le patron de la Bella Sorentina se promena sur le pont de sa felouque, respirant la brise qui venait du Lido ; puis il alla chercher le repos. À cette heure, les sombres et silencieuses gondoles qui avaient flotté par centaines à travers le bassin avaient disparu. On n’entendait plus les sons de la musique sur les canaux ; et Venise, qui dans tous les temps n’est jamais bruyante, semblait dormir du sommeil de la mort.