Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 23, 1845.djvu/111

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Rupert se retira en emportant le billet. Je ne fis aucun effort pour le retenir, et je ne fus pas fâché d’apprendre qu’il était retourné au presbytère pour y passer la nuit ; sa sœur l’avait emmené. Le lendemain il se rendit à New-York, sans m’envoyer aucun message, et gardant le billet par conséquent ; deux jours après il partait pour aller rejoindre les Merton.

Jacques Wallingford me quitta le lendemain des obsèques, promettant de me revoir à la ville. — N’oubliez pas le testament, Miles, me dit ce singulier homme en me secouant la main ; et vous me montrerez l’article où il sera question de Clawbonny, avant que je repasse « à l’ouest du Pont. » Entre parents du même nom, il ne doit y avoir rien de caché en pareille matière.

Je savais à peine si je devais rire ou me fâcher d’une pareille demande ; mais ma résolution n’en fut pas ébranlée ; parce que je sentais que ce que je voulais faire était juste. J’avoue qu’il y avait des moments où j’étais tenté de me méfier d’un homme qui faisait valoir si opiniâtrement des droits de cette nature, surtout dans un moment où la mort venait de montrer trop éloquemment, en frappant une si jeune victime, que le cas qu’il s’agissait de prévoir ne pouvait que trop bien arriver. Néanmoins, il y avait tant de franchise dans la manière de mon cousin, il semblait compatir si sincèrement à mes peines, et ses opinions étaient, quant au fond, si conformes aux miennes, que ce nuage ne fut que passager. À tout prendre, j’étais très-content de Jacques Wallingford, et, comme on le verra par la suite, il obtint bientôt toute ma confiance.

Après le départ de tous mes parents, je sentis combien j’étais complètement seul au monde. Lucie passa la nuit au presbytère avec son frère ; et le bon M. Hardinge, tout en se persuadant qu’il restait pour m’offrir ses consolations et pour me tenir compagnie, fut si occupé par suite de mille petites affaires à régler, que ce fut à peine si je le vis. Il est possible qu’il me comprît assez pour savoir que la solitude était ce qu’il y avait de mieux pour moi dans le moment actuel, surtout lorsque je pouvais me dire qu’il y avait là tout près quelqu’un que je n’avais qu’à appeler si je voulais.

Enfin cette journée si longue, si pénible, tira à sa fin. Le soir vint, calme, paisible, amenant avec soi la douce clarté d’une nouvelle lune. Je me promenais sur la pelouse, quand le souvenir de Grace et du plaisir qu’elle eût goûté dans une semblable promenade se pré-