Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 23, 1845.djvu/118

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Et à l’instant je fis comme je disais, et je laissai Jacques Wallingford poursuivre seul son chemin. Toutefois, le lendemain matin, le testament était rédigé, signé et mis entre les mains de mon cousin, en sa qualité d’exécuteur testamentaire. Si le lecteur vient à me demander pourquoi j’agis ainsi, surtout par rapport à la dernière circonstance, je serais fort embrassé de répondre. Une confiance extraordinaire s’était emparée de moi, par suite de cette franchise à brûle-pourpoint qu’un homme même plus expérimenté que moi aurait pu prendre ou pour le nec plus ultra de la droiture, ou pour la perfection de l’art. Quoi qu’il en soit, non-seulement je lui laissai mon testament, mais dans le cours de la semaine suivante je l’initiai dans le secret de toutes mes affaires pécuniaires, le legs de Grace à Rupert, seul excepté. Jacques Wallingford encouragea cette confidence, en me disant que le meilleur moyen de me distraire de mes chagrins était de me plonger tête baissée dans les affaires.

Un de mes premiers soins, en fait d’affaires, fut de m’occuper du billet donné à Rupert. Il était payable à la banque où j’avais un compte ouvert, et j’allai m’informer s’il avait été laissé pour qu’on en poursuivit le recouvrement. Voici la conversation que j’eus avec le caissier à cette occasion :

— Bonjour, Monsieur —, je viens m’informer si on vous a déposé un billet de vingt mille dollars que j’ai fait à l’ordre de M Rupert Hardinge, à dix jours de date, pour que vous le fissiez recevoir. Si vous l’avez, je suis prêt à le payer dès à présent.

Le caissier me jeta un sourire affairé, qui indiquait que l’état de mes finances prospérait, et que je figurais glorieusement sur les comptes.

— Pour le faire recevoir ? Pas positivement, capitaine Wallingford ; car rien ne nous ferait plus de plaisir que de le renouveler, si vous vouliez, seulement pour la forme, vous procurer la signature d’un endosseur.

— M Hardinge vous l’a donc laissé en vous chargeant d’en opérer le recouvrement ? demandai-je, regrettant, malgré tout ce qui s’était passé, que Rupert eût donné cette nouvelle preuve de la bassesse de son caractère.

— Pas positivement, Monsieur ; car comme il était obligé de quitter la ville, et qu’il avait besoin d’argent, nous le lui avons escompté.