Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 23, 1845.djvu/128

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— Oui, à leur aise, c’est le mot, dit Drewett. Ils pouvaient avoir entre eux de quarante à cinquante mille dollars, dont le frère doit avoir hérité en totalité. Je suis charmé que la fortune revienne à un aussi honnête garçon.

— C’est généreux à vous, Drewett, de faire ainsi son éloge ; car j’ai entendu dire que ce frère aurait bien pu être votre rival.

— J’en ai eu quelques craintes, je l’avoue ; mais elles n’existent plus. Je puis le louer tout à mon aise. En outre, je lui dois la vie.

Ses craintes n’existaient plus ! Était-ce assez clair, et me fallait-il d’autre preuve de l’accord parfait qui régnait entre les amants ! Et pourquoi m’aurait-on craint, moi qui n’avais jamais osé dire un seul mot qui pût faire soupçonner l’état de mon cœur à celle que j’aimais tant !

— Oui, Drewett est à l’abri de tout danger, j’imagine, ajouta Rupert en riant, quoiqu’il ne m’appartienne pas d’éventer la mèche.

— C’est un sujet interdit, reprit l’amant ; parlons de Wallingford. Il hérite donc de la fortune de sa sœur ?

— Triste héritage. Pauvre Grace ! elle n’avait pas grand-chose à laisser, j’imagine, dit tranquillement Rupert.

— À vos yeux, c’est possible, ajouta la troisième personne ; mais pour son frère, le patron de navire, c’est différent. Depuis que vous avez hérité de tous les biens de mistress Bradfort, quelques milliers de dollars ne sont rien pour vous.

— Ce seraient des millions, que le frère croirait les avoir achetés trop cher par la perte de sa sœur ! s’écria Drewett.

— Il est assez clair qu’il n’y a pas l’ombre de rivalité entre André et Miles, dit Rupert d’un ton goguenard. Certes, l’argent n’a plus autant de prix à mes yeux aujourd’hui que lorsque je n’avais pour toute ressource que les rognures du traitement d’un pauvre ministre. Quant à la fortune de mistress Bradfort, je ne vois pas qui y aurait plus de droits que ceux qui la possèdent maintenant.

— Si ce n’est peut-être votre père, dit l’inconnu, qui devait passer avant vous, suivant toutes les lois de la primogéniture. Je parierais que Rupert a fait la cour à sa vieille cousine, pour lui faire sauter ainsi une génération.

— Rupert n’a rien fait de semblable ; il aime Émilie Merton, il s’en vante, et n’aime qu’elle. Comme ma digne cousine ne pouvait emporter sa fortune avec elle, elle l’a laissée à ses héritiers naturels.