Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 23, 1845.djvu/155

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nous avons le pouvoir de vous manger, si la fantaisie nous en prenait. C’est sans doute le droit que vous voulez dire.

— Je ne chicanerai pas sur les mots, Monsieur.

— Eh bien ! pour vous prouver que je suis animé de dispositions tout aussi amicales que vous-même, je n’en dirai pas plus long sur ce sujet. Avec votre permission, je vais à présent examiner vos papiers ; et pour vous prouver que je me sens au milieu d’amis, je vais commencer par renvoyer mon canot au Rapide.

La manière de cet homme me révoltait. Il avait dans toute sa personne cet air de prétention vulgaire qu’il affectait dans son langage ; et il y joignait une sorte de ton ironique de bas aloi qui me le faisait paraître aussi repoussant qu’il me semblait dangereux. Mais je ne pouvais refuser de lui montrer mes papiers ; je descendis donc pour les chercher, pendant que Sennit donnait quelques instructions secrètes à son aspirant, et le renvoyait à la frégate.

Puisque je suis sur ce sujet, le lecteur m’excusera de dire un mot en passant sur la question générale du droit de visite. Quant au prétexte mis en avant par quelques-uns de ceux qui veulent qu’on puisse exercer la presse à bord des bâtiments neutres, en s’appuyant sur ce que, les nations belligérantes ayant le droit incontestable de rechercher quelle est la nature du bâtiment et de sa cargaison, ce droit implique celui de mettre la main sur tous les sujets de leur souverain qui peuvent s’y trouver, il ne mérite pas une réfutation sérieuse. L’exercice d’un droit ne peut jamais autoriser l’abus qu’on en peut faire ; mais, d’un autre côté, la possibilité de l’abus ne peut nous autoriser à refuser l’exercice d’un droit, et ce sont ces principes salutaires que je ne voudrais pas voir méconnaître, parce qu’ils me semblent indispensables au bien-être de toutes les nations civilisées. C’est donc à tort, suivant moi, qu’aux États-Unis nous avons posé récemment la doctrine que des vaisseaux de guerre étrangers ne devaient pas aborder des bâtiments américains sur la côte d’Afrique, en temps de paix, pour constater leur identité.

Je parlerai avec une entière franchise. D’abord, je ne me pique en aucune manière de ce patriotisme de pacotille qui dit : qu’il ait tort ou qu’il ait raison, mon pays avant tout. On peut tenir ce langage devant les hommes ; mais devant Dieu comment le justifiera-t-on ? Ce qui est mal est toujours mal ; et il est mal suivant moi, politiquement, sinon moralement parlant, de contester à un