Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 23, 1845.djvu/156

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vaisseau de guerre le privilège que l’Angleterre revendique. Je ne vois qu’un seul argument plausible qu’on puisse opposer, la crainte des abus qui peuvent s’élever dans la pratique ; mais quelle est la chose au monde dont on ne puisse abuser ? Faudra-t-il supprimer les lois, parce qu’un juge en aura fait une fois une fausse application ? Si un vaisseau de guerre a le droit d’arrêter un pirate, il faut bien qu’il ait celui de constater l’identité d’un bâtiment ; autrement le pirate n’aura, pour lui échapper, qu’à arborer le pavillon d’un autre état que le croiseur est obligé de respecter. Tout ce que celui-ci demande c’est la faculté de vérifier si le pavillon n’est pas une fraude ; et tout vaisseau qui à une commission régulière doit être en droit de le faire, dans l’intérêt de la civilisation et de la bonne police des mers.

Je n’ai pu m’empêcher de consigner ici ces observations, parce que, bien que John Bull ait rarement raison dans ses différends avec nous, il l’a évidemment dans cette circonstance ; et parce qu’il est plus honorable, pour une nation comme pour un individu, d’avoir toujours la justice de son côté que de triompher toujours. Je fus bientôt de retour avec mon portefeuille sous le bras, M. Sennit ayant exprimé le désir de procéder à son examen en plein air. Il lut tous les papiers avec une grande attention ; mais ce fut surtout le rôle de équipage qu’il éplucha minutieusement, s’arrêtant tant à chaque nom ; car il était dans son élément quand il pouvait mettre la main sur un matelot pour sa frégate.

— Voyons un peu ce Nabuchodonosor Clawbonny, monsieur Wallingford, dit-il en ricanant. Voilà un nom assez original, et je ne serais pas étonné qu’il cachât un compatriote.

— Vous n’avez qu’à tourner la tête pour le voir. C’est l’homme qui est au gouvernail.

— Un nègre ? En effet, ils prennent quelquefois des noms de guerre assez bizarres. Je ne crois pas qu’il soit né à Gosport.

— Il est né dans la maison de mon père, Monsieur, et il est mon esclave.

— Votre esclave ! voilà un mot qui résonne étrangement dans la bouche d’un enfant de la liberté. Il est heureux que le lieu de votre destination ne soit pas cette terre du despotisme, la vieille Angleterre, autrement votre esclave pourrait bien voir tomber ses fers.

Cette réponse me piqua d’autant plus que le sarcasme était assez