Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 23, 1845.djvu/163

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lant, dont d’abord je ne me rendais pas bien compte. Il eut aussi quelques instants d’entretien particulier avec Sennit, mais l’expression de sa figure n’en fut nullement altérée ; et j’en conclus à la fin que ce sourire lui était habituel, et qu’il n’y avait aucune conclusion à en tirer. Les parts de prises sont le côté faible de cette belle et chevaleresque profession de marin, et c’est une tache que le noble se résigne à subir avec tout aussi peu de répugnance que le plébéien. La nature humaine est singulièrement homogène à cet égard, et la rapacité est la même à tous les degrés de l’échelle sociale.

— Je suis désolé, capitaine Wallingford, dit lord Harry Dermond, à la fin de sa conférence secrète avec Sennit, — de devoir envoyer votre bâtiment à Plymouth. Les Français ont pris un tel ascendant sur le continent, que nous sommes obligés d’user de la plus grande vigilance pour déjouer leurs efforts ; et puis votre cargaison provient d’un territoire ennemi.

— Vous voudrez bien remarquer, Milord, que nous autres Américains, nous sommes tout à fait étrangers à l’ascendant que les Français peuvent avoir pris, et que quant à ma cargaison, comme elle provient nécessairement de la récolte de l’année dernière, les denrées qui la composent ont été recueillies à une époque de paix générale. Il en serait autrement, que la mesure que vous voulez prendre n’en serait pas moins illégale.

— C’est ce que je laisse à décider à sir William Scott, mon bon monsieur, répondit le capitaine avec son sourire ordinaire, et il serait superflu de discuter ce point. Mais quand on a un devoir pénible à remplir, ajouta-t-il — comme si la perspective d’empocher deux ou trois mille livres sterling avait quelque chose de si pénible — il faut du moins y mettre toutes les formes possibles. Veuillez indiquer ceux de vos hommes que vous désirez conserver sur votre bâtiment ; vos désirs seront remplis. Il va sans dire que vous resterez sur votre bord ; quelque décision que l’on prenne à l’égard de la cargaison, je ne puis croire que le bâtiment ne vous soit pas rendu. Comme il se fait tard, et qu’il faudra quelque temps pour changer les matelots de bord, vous ne sauriez me faire de plus grand plaisir que de venir prendre part à une légère collation dans ma chambre.

À défaut de légalité, il y avait du moins de la politesse dans ce procédé. Je ne craignais guère l’issue de l’affaire ; mais le retard seul était pour moi rempli d’inconvénients. Le billet que j’avais souscrit