Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 23, 1845.djvu/179

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— Ma foi, tentons le dernier moyen, à tout prix ; avec ce vent-là, nous pourrons être en vue de la terre dans deux ou trois jours, et alors nous moquer de tous les croiseurs du monde. L’idée me sourit, et je suis pour la mettre à exécution. Bordeaux regorge toujours d’Américains ; nous n’aurons qu’à frapper du pied sur le quai, et il en sortira une foule de matelots entre lesquels nous n’aurons qu’à choisir.

Après nous être concertés encore quelque temps ensemble, nous nous arrêtâmes à ce plan et nous nous mîmes sur-le-champ à l’ouvrage. La manœuvre n’avait rien de difficile, et dès qu’elle fut exécutée et que nous eûmes le cap à l’est, j’envoyai le matelot anglais tenir compagnie à Diggins dans la chambre, et nous établîmes des quarts réguliers de deux hommes chacun, se relayant de quatre heures en quatre heures, suivant l’usage. Marbre était dans l’un et moi dans l’autre, comme de raison.

Je dois avouer que je dormis peu cette nuit-là. Deux ou trois fois Sennit essaya de se ranger contre notre arrière, sans aucun doute dans le but de nous surprendre ; mais, chaque fois, il s’éloignait aussitôt de toute la longueur de la remorque, en apercevant la tête de Marbre, ou la mienne, s’élevant au-dessus de la lisse de couronnement. Au point du jour, je fus appelé, et j’examinai l’horizon dans tous les sens, à mesure qu’il s’éclairait et s’élargissait autour de nous. Le point essentiel pour nous était de reconnaître, autant que possible, quels bâtiments pouvaient se trouver à proximité.

Une seule voile était visible ; ce paraissait être un bâtiment assez considérable, courant au plus près, et gouvernant au sud-est. Sans nous écarter de notre direction, ou du moins en inclinant très-peu au sud, il nous serait facile de lui parler. Comme il était évident que ce n’était pas un vaisseau de guerre, mon parti fut pris à l’instant ; je le communiquai à Marbre, qui l’approuva sans restriction. D’abord j’ordonnai à Sennit, qui était éveillé, comme il l’avait été, je crois, pendant toute la nuit, de se haler de l’avant jusqu’à notre bâtiment et de s’emparer d’un des palans du canot. Il obéit d’assez bonne grâce, ne doutant pas sans doute que j’allais le recevoir à bord par suite d un traité. J’étais aux aguets pour prévenir toute attaque, car un seul homme suffit pour en tenir en respect une douzaine, qui n’ont d’autre moyen d’approcher qu’en montant le long d’un cordage main sur main. Pendant ce temps, Marbre descen-