Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 23, 1845.djvu/182

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et il me fit rapport qu’il n’y avait point d’autre voile en vue. C’était d’un heureux présage. Je me rendis à la lisse de couronnement, et hélant le canot, je dis à Sennit de s’approcher assez pour que nous pussions causer facilement. Il obéit.

— Monsieur Sennit, lui dis-je, il faut que nous nous séparions ici. Le bâtiment en vue est anglais, et il vous recueillera. J’ai l’intention de lui parler, et j’aurai soin qu’il sache où vous êtes. En portant à l’est, vous ne pouvez manquer de le rencontrer.

— De grâce, capitaine Wallingford, s’écria Sennit, réfléchissez un peu avant de nous abandonner ici à plus de mille milles de la terre.

— Vous n’êtes qu’à trois cent vingt-six milles des îles Scilly, et guère plus loin du cap Land’s-End, monsieur Sennit, et vous avez le vent le plus favorable. Mais au surplus soyez tranquille, vos compatriotes sont là pour vous conduire au port.

— Oui, à quelqu’une des îles des Indes occidentales ; car si ce bâtiment est anglais, c’est de ce côté qu’il se dirige sans doute. Il nous conduira tout d’une traite à la Jamaïque.

— Eh bien ! vous pourrez du moins revenir tout à votre aise. Rappelez-vous que vous vouliez aussi m’écarter de ma route, ou tout au moins me faire perdre autant de temps. Je n’ai pas plus de goût pour Plymouth que vous n’en paraissez avoir pour la Jamaïque.

— Mais si c’était un navire français ? Maintenant que je l’examine avec attention, il m’en a tout l’air.

— S’il est français, il vous traitera à merveille. Ce sera échanger du bœuf contre de la soupe maigre pendant une semaine ou deux. Ces Français mangent et boivent tout aussi bien que les Anglais.

— Mais, capitaine Wallingford, leurs prisons ? Ce diable de Bonaparte ne consent à aucun échange, et si je mets le pied en France, je suis un homme ruiné !

— Et qu’aurais-je été, s’il vous plaît, si j’avais mis le pied à Plymouth ?

— Songez que nous sommes du même sang après tout, — peuples de la même origine, — tout aussi compatriotes que les habitants des comtés de Kent et de Suffolk. C’est le vieux sang saxon des deux côtés.

— Bien obligé, Monsieur. Je ne contesterai pas la parenté, puisque c’est votre bon plaisir de vous en prévaloir. Je m’étonne toutefois que vous ayez été assez mauvais parent pour ne pas laisser passer le bâtiment d’un cousin sans l’arrêter.