Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 23, 1845.djvu/183

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— Que voulez-vous, mon cher Wallingford ? Lord Harry est un noble ; c’est mon commandant. Qu’est-ce qu’un pauvre diable de lieutenant, dont le brevet n’a pas un an de date, pouvait faire contre de pareilles autorités ? Non, non, il doit y avoir plus de bonne intelligence et de camaraderie entre deux garçons, comme vous et moi, qui avons notre chemin à faire dans le monde.

— Parbleu ! vous me rappelez à propos qu’en effet j’ai du chemin à faire. Adieu, monsieur Sennit, au revoir ! — Coupez, Moïse !

Marbre donna un coup de hache sur la remorque, et l’Aurore s’élança en avant, laissant le canot à vingt brasses en arrière. Je ne pouvais plus entendre ce que disait M. Sennit ; mais, à l’énergie de ses gestes, je suis sûr qu’il ne m’appliquait pas les épithètes les plus douces. En moins de dix minutes le canot nous restait de l’arrière de plus d’un mille. D’abord Sennit parut disposé à ne rien faire ; il restait immobile sur l’eau dans une inaction complète ; mais bientôt il se ravisa ; il établit ses deux mâts, et, en moins de vingt minutes, ses voiles étaient déployées, et il faisait tous ses efforts pour se mettre dans les eaux du navire inconnu.

Mon intention avait été d’abord, comme je l’avais dit à Sennit, de parler à ce navire ; mais voyant que le canot ne pouvait guère manquer de le rejoindre, je changeai de projet, et je gouvernai de manière à croiser sa route en avant, à environ un demi-mille de distance. J’arborai le pavillon yankee, et il me montra celui d’Angleterre. S’il eût été français, je ne m’en serais pas inquiété davantage ; car que n’importaient que ceux qui m’avaient capturé fussent prisonniers de guerre ? Ils avaient voulu chercher leur intérêt à mes dépens, et je n’étais pas fâché de leur rendre la pareille.

Nous fîmes alors nos dispositions pour établir des bonnettes, quoiqu’il me semblât que le bâtiment anglais montrait le désir de me parler. Je savais qu’il devait être armé, et je n’avais nulle envie d’acquiescer à sa demande, attendu qu’il pourrait bien lui prendre fantaisie de faire quelques questions au sujet du canot, qu’il ne pouvait tarder à voir. Une fois que je l’aurais dépassé, je ne le craignais pas, et, dans une chasse, j’étais certain que l’Aurore conserverait toujours l’avantage.

Le navire anglais aperçut l’embarcation quand nous restions à environ un mille par son travers sous le vent, ayant des bonnettes basses et de huniers, et gouvernant en plein est, à raison de huit