Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 23, 1845.djvu/189

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Je savais que toute remontrance serait inutile avec un corsaire rapace. — Qu’il m’envoie toujours en France, pensai-je en moi-même ; c’est justement où je voulais aller. Une fois là, le ministre peut déclarer la prise illégale, et alors ce sera mon corsaire qui sera dupe de sa courtoisie.

Je présume que M. Gallois envisageait les choses sous un tout autre aspect ; car il montra le plus grand empressement à faire passer sur notre bord dix-sept hommes d’équipage, grands et petits. J’assistai en silence à cette opération, ainsi que Neb et Diogène. Quant à Marbre, il alluma un cigare, et s’assit sur le guindeau, tout prêt à faire explosion à la première occasion qui pourrait se présenter ; mais se contenant néanmoins, dans la crainte d’être renvoyé du bâtiment, s’il laissait percer la moitié de ce qu’il éprouvait. Quoi qu’il en soit, nous restâmes tous les quatre à bord, les Français ne se souciant pas sans doute de recevoir des passagers, lorsqu’ils avaient à peine assez de place pour eux-mêmes.



CHAPITRE XVI.


Vous êtes en sûreté, que dis-je ? vous êtes presque triomphant. Écoutez donc : je ne vous dirai que la vérité.
Marino Faliero.



Il était quatre heures de l’après-midi quand l’Aurore et le Polisson se séparèrent : l’Aurore, pour se diriger de nouveau vers Brest, et le lougre, pour continuer sa croisière. Le lougre courait au plus près avec un élan magique. Nous portions aussi au plus près de notre côté, quoique à contre-bord.

On peut se figurer de quels sentiments nous étions animés tous les quatre, par suite de la scène qui venait de se passer sous nos yeux. Diogènes lui-même était indigné. J’ai déjà dit ce qu’éprouvait Marbre ; et, à défaut d’autre indication, le dialogue suivant, qui s’établit entre nous après le coucher du soleil, le ferait connaître suffisamment. — C’était la première fois que nous pouvions nous parler en liberté depuis que nous étions pour la seconde fois prisonniers ; les Français étant alors à souper.