Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 23, 1845.djvu/203

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à vous à manœuvrer votre barque. Il faut bien que nous allions quelque part après tout ; autant vaut là qu’ailleurs. Mon expérience de trente ans est toujours prête à baisser pavillon devant votre décision.

Nous continuâmes à discuter le plan sous toutes ses faces, et il fut définitivement adopté.

L’Aurore porta largue tant que les côtes de France furent en vue, alors nous fîmes route au plus près. Mes trois Français voulurent un moment faire les récalcitrants. Ils refusèrent de travailler, et je fus obligé de les menacer de les envoyer à bord du premier vaisseau de guerre anglais que nous rencontrerions. La menace produisit l’effet désiré ; et, après une discussion amicale, je convins de leur compter une haute paie à notre arrivée dans un port ami, et ils promirent de me servir de leur mieux. C’était peu de sept hommes pour manœuvrer un bâtiment comme l’Aurore ; mais nous ne craignions pas la fatigue, et nous étions si charmés d’être délivrés et des Français et des Anglais, que nous nous serions donné volontiers deux fois encore plus de peine pour être certains de ne plus rencontrer aucun de leurs croiseurs. La Providence en avait décidé autrement.

Cette nuit-là le vent passa de nouveau au sud-ouest. Je fis brasser les vergues, et mettre le cap en route ; mais je crus plus prudent de ne pas forcer de voiles dans l’obscurité. Marbre avait le quart, et je le chargeai de m’appeler au lever du soleil. Quand je revins sur le pont le lendemain, je le trouvai qui examinait l’horizon avec une attention particulière.

— Nous sommes en bonne compagnie ce matin, capitaine Wallingford, me dit-il dès qu’il me vit. Je n’ai pas compté moins de six voiles en vue depuis le point du jour.

— J’espère qu’il n’y a pas de lougre dans le nombre. Ce Polisson me cause plus de frayeur à présent que tous les vaisseaux de la chrétienté. Il doit être à croiser à l’entrée de la Manche, et nous nous en rapprochons de plus en plus.

— Dieu le veuille ! mais là-bas, au nord-ouest, je vois quelque chose qui sent diablement le lougre. C’est peut-être parce que je ne vois que le haut de ses huniers ; mais ils ressemblent à s’y méprendre à des voiles de fortune.

J’examinai moi-même l’océan, et je déclarai sans hésiter que le