Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 23, 1845.djvu/211

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ma figure. Quel moment de cruelle angoisse ! Les deux bâtiments n’étaient pas à un quart de mille l’un de l’autre, quoique l’Aurore augmentât rapidement cette distance ; et, en faisant une grande arrivée, le Rapide nous aurait tenus sous son feu. Qu’était devenu l’équipage qu’il avait fait passer sur notre bord ? car si Sennit eût été avec nous, il serait entré en communication avec son commandant. Avaient-ils été jetés tous à la mer, ou bien étaient-ils prisonniers à fond de cale ? Toutes ces pensées devaient se présenter à l’esprit des officiers anglais.

Je crus encore une fois que nous étions perdus ; mais la Providence vint encore à notre secours. Pendant ce temps, la frégate anglaise, qui était en tête, et les deux bâtiments français se rapprochèrent rapidement. L’action ne pouvait tarder à s’engager, tandis que le Rapide restait de plus en plus de l’arrière. À ce moment critique, une des frégates françaises tira un coup de canon en signe de défi. Ce signal sembla tirer tout à coup le Rapide de sa léthargie ; ses vergues d’avant furent tournées au vent en un clin-d’œil ; tous les officiers disparurent de la lisse de couronnement ; en un instant, la misaine et la grand’voile étaient amurées, et les perroquets s’élevaient à tête de mâts. Grâce à ce surcroît d’impulsion, l’ardente frégate s’élança de l’avant, et fut bientôt à une demi-encâblure du Prince-Noir, c’était le nom de l’autre bâtiment anglais. J’ajouterai que le bâtiment du commodore français s’appelait la Désirée, et sa conserve, le Cerf. M. Menneval commandait la division française, comme le plus ancien capitaine ; sir Hotham Ward commandait la division anglaise au même titre. Je n’ai jamais su le nom de l’autre officier français ; ou, si je l’ai su, je l’ai oublié.

Maintenant que nous étions délivrés de ce dangereux voisinage, je ne devais plus chercher qu’à nous mettre, autant que possible, à l’abri du feu des combattants, et je présentai le cap de l’Aurore à l’ouest. Pendant qu’elle s’éloignait dans cette direction, je cherchai des yeux le lougre et la corvette sur l’Océan ; le lougre était toujours en tête, et il était parvenu, en courant de petites bordées, à se mettre considérablement au vent des deux frégates françaises. Alors il avait couru une dernière bordée à l’est, pour se diriger vers la côte. La corvette était toujours dans son sillage, et le suivait de près.