Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 23, 1845.djvu/22

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


qui d’une seule main, et par le simple jeu du poignet, faisait écumer l’eau sous les bossoirs de notre petite embarcation.

L’endroit ou nous débarquâmes était une petite anse charmante, qui était ombragée par trois ou quatre énormes saules pleureurs, et qui présentait un tableau parfait de calme et de repos. C’était un site tout à fait champêtre et retiré, car il n’y avait point près de là de lieu de débarquement régulier, point de filets préparés pour la pêche, — enfin aucun de ces signes qui dénotent un endroit fréquenté. Une seule habitation dominait une petite terrasse naturelle, élevée de dix à douze pieds au-dessus du sol fertile où croissaient les saules. C’était le beau idéal d’une demeure champêtre pour la propreté et pour l’agrément. Elle était en pierres, à un seul étage, avec un toit élevé se terminant en pointe, lequel se projetait en avant, du côté du fleuve, de manière à abriter l’entrée et la porte extérieure. Les pierres étaient blanches comme de la neige ; on voyait qu’elles avaient été lavées récemment. Les fenêtres étaient charmantes dans leur irrégularité ; et tout rappelait un autre siècle, et un régime différent de celui sous lequel nous vivions alors. En effet les chiffres 1698, gravés sur la façade, annonçaient que la maison remontait à la même époque que les secondes constructions de Clawbonny.

Le jardin n’était pas grand, mais il était dans un ordre admirable. Il était derrière la maison ; et, à la suite, un petit verger, contenant une centaine d’arbres couverts de fruits, s’étendait au pied de l’amphithéâtre qui protégeait ce petit domaine contre les regards du reste du monde. Il y avait aussi près de la maison, à laquelle ils servaient tout à la fois d’ombrage et d’ornement, une douzaine d’énormes cerisiers, dont les branches portaient encore quelques fruits. Les dépendances semblaient aussi vieilles que le reste du bâtiment, et en aussi bon état de conservation.

Comme nous approchions du bord, je dis à Neb de cesser de nager, et je restai à contempler cette scène calme et tranquille, pendant que le canot se dirigeait vers la berge par suite de l’impulsion qu’il avait reçue précédemment.

— Voilà un ermitage comme il m’en faudrait un, Miles, dit Marbre, dont les regards ne s’étaient pas détachés de ce site, depuis que nous avions quitté le sloop ; c’est ce que j’appelle un ermitage humain ; mais ne me parlez pas de vos solitudes infernales. Ici, il y a place pour la basse-cour ; une jolie berge pour le canot ;