Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 23, 1845.djvu/221

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part à la danse, Miles, me dit-il au plus fort de l’action, il ne manquerait rien à ma satisfaction ; je jouirais de voir la corvette et le Polisson s’arracher les yeux, comme deux harengères qui ont épuisé leur vocabulaire d’invectives.

À voir Neb et Diogène regarder le combat, on pouvait se figurer les Césars, les yeux fixés sur l’arène au moment où les gladiateurs étaient le plus acharnés les uns contre les autres. Quand plusieurs canons tiraient ensemble, c’étaient de leur part des éclats de rire, des acclamations, des transports de joie sans fin ; c’était pour eux le signal que l’œuvre de destruction allait son train ; mais j’entendis, entre ces deux enfants de l’Afrique, un dialogue qui fera connaître à fond leur pensée :

— Lequel des deux pincer le mieux, suivant vous, Neb ? demanda Diogène avec une grimace de satisfaction qui laissa voir dans sa bouche une double rangée d’ivoire.

— Tous deux pas y aller de main morte, répondit Neb ; vous voir que le Rapide ne pas se faire tirer l’oreille, hein ?

— Moi vouloir eux être un peu plus près, Neb. Quelques coups point porter du tout à cette distance.

— Les choses se passer toujours ainsi dans un combat, cuisinier.

— Bon ! vous empocher cela, John Bull !

— Ah ! ah ! lui pas être leste à presser des hommes pour le quart d’heure, pas vrai, Neb ?

— Tiens ! à Jean Crapaud, à présent ! lui avoir son tour ; toutes les fenêtres de la chambre voler en éclats.

— Qu’est-ce que cela faire à nous, Neb ? Supposer eux se manger l’un l’autre ; point faire de mal à nous.

À ces mots, les deux interlocuteurs partirent d’un grand éclat de rire, frappèrent des mains, et balancèrent leurs corps comme s’ils avaient dit la chose la plus plaisante du monde. Diogène fut si enchanté, quand il vit tous les mâts du Prince-Noir dégringoler l’un après l’autre, qu’il se mit littéralement à danser, tandis que Neb regardait ses gambades avec un air de bonhomie complaisante. Il est certain qu’au fond l’homme a en lui beaucoup de la bête féroce, et qu’il peut être amené au point de regarder le spectacle le plus sauvage et le plus révoltant comme une source d’intérêt et de plaisir. Qu’un criminel doive être exécuté : nous voyons des milliers d’individus, de tout âge et de tout sexe, qui se pressent autour du lieu du