Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 23, 1845.djvu/307

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vous le comprendrez sans peine, que nous n’avions, aucun moyen d’établir. Quoi qu’il en soit, le devoir de l’administrateur l’oblige à se mettre en règle sans délai.

— Alors je n’ai point d’autre alternative que de me rendre en prison. Je ne connais personne au monde à qui je puisse demander de me servir de caution pour une somme aussi considérable que celle qu’on réclame.

— J’en suis désolé, capitaine Wallingford, dit M. Meekly le procureur, du ton le plus contrit. Nous allons partir ensemble, peut-être l’affaire pourra-t-elle s’arranger à l’amiable.

— Très-volontiers, Monsieur. Mais, avant de partir, il faut que je règle mon compte ici, et j’ai aussi deux amis à prévenir, qui m’attendent dans le corridor.

Neb était un de ces amis ; car, dans ma position, l’amitié même de mes esclaves m’était précieuse. Ce brave garçon vint me rejoindre avec Moïse, et je leur appris ce qui m’arrivait.

— Arrêté ! s’écria Moïse en dévisageant l’officier du shérif, quoique ce fût un gaillard solide qui ne semblait pas d’un caractère à se laisser intimider aisément ; — arrêté ! Mais, Miles, d’un tour de main jetez-moi ces misérables à la porte ; ou bien, si vous voulez, Neb et moi nous allons les mettre en capilotade.

— Doucement, mon ami ; il faut respecter la loi. N’ayant pas de caution à fournir, je dois aller en prison. Je vous prie, Moïse, de payer ici ce que je dois. Vous donnerez à Neb le petit sac qui contient mes effets, pour qu’il me l’apporte à la prison. Vous, Moïse, vous viendrez me voir de temps en temps, n’est-ce pas ? Mais je vous défends de me suivre en ce moment.

Je sortis alors avec une rapidité qui ne laissa pas, je crois, de causer quelque inquiétude à l’officier de justice. Une fois dans la rue, je ralentis le pas ; le procureur, tout essoufflé, me rejoignit, et nous nous mîmes à causer de la possibilité d’un arrangement, et d’en discuter les bases.

— À vous parler franchement, capitaine, dit M. Meekly, mon client ne s’attend pas à recouvrer jamais l’intégralité de sa créance. Sans doute il a entre les mains des valeurs qui en éteindront une partie ; mais il n’en restera pas moins un reliquat considérable.

— Comme M. Daggett a déjà pour se couvrir des biens qui valent trente-cinq mille dollars, et qui en rapportent au moins deux mille,