Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 23, 1845.djvu/322

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Lucie d’un ton de reproche ; vous qui avez eu tant d’occasions de vous ouvrir à moi, et qui deviez savoir comment vous seriez reçu ! que de peines vous nous auriez épargnées à tous deux !

— Celles que j’ai pu vous causer, je ne me les pardonnerai de ma vie ; mais quant aux tourments que j’ai endurés, je ne les ai que trop bien mérités. Que voulez-vous ? J’étais persuadé que vous aimiez Drewett ; tout le monde disait que vous alliez l’épouser ; votre père lui-même le croyait et me l’a répété.

— Pauvre père ! il connaissait peu mon cœur. Mais cependant il m’en a dit assez pour m’empêcher de jamais écouter aucune proposition de mariage tant que vous auriez vécu, Miles.

— Que Dieu l’en récompense ! comme de toutes ses bonnes et charitables actions. — Mais comment cela, Lucie ?

— Quand le bruit courut de votre mort, je fus la seule à ne pas y croire. Je ne sais pourquoi je m’obstinais dans mon incrédulité, quand tous ceux qui m’entouraient étaient convaincus. Sans doute c’était un bienfait de la Providence, qui daignait me laisser au moins une ombre d’espérance. Mais enfin mon père, dans la conviction que je ne vous reverrais jamais, en rappelant toutes vos excellentes qualités, Miles, car il vous aime presque autant que sa fille…

— L’excellent homme ! Mais enfin, que vous dit-il, Lucie ?

— Vous ne le saurez jamais, si vous m’interrompez toujours, dit Lucie en me faisant une petite moue charmante, mais sans me retirer ses mains dont j’avais repris possession, et que je couvrais de baisers Mon père donc, vous croyant mort, m’apprit l’aveu que vous lui aviez fait de l’attachement que vous portiez à sa fille. Et, une fois en possession d’un pareil secret, pouvais-je écouter André Drewett, ou personne au monde ?

Je ne révélerai pas ce qui suivit ces paroles ; mais, lorsque nous fûmes un peu plus calmes, Lucie me gronda doucement d’avoir attendu si longtemps pour me déclarer.

— Savez-vous bien que j’ai vu le moment où je serais obligée de faire les avances ? ajouta-t-elle, moitié souriant, moitié rougissant, comme pendant presque tout le reste de cette délicieuse journée. Le joli rôle que j’aurais joué la ! Méchant ! avoir pu supposer que j’aimerais jamais un autre que vous ! — Tenez, voyez un peu !

Et elle tira de son sein le médaillon que je lui avais donné, et le mit entre mes mains. Je couvris de baisers ce premier gage de notre