Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 23, 1845.djvu/324

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possession, et que je lui avais rendues au retour de mon premier voyage. Je vis que les perles qui lui avaient été données en souvenir de Grace, et celles qui étaient à moi, — si toutefois je pouvais dire que quelque chose m’appartînt encore, — étaient placées à côté. Elle mit les pièces dans la paume d’une petite main aussi douce que le velours, aussi blanche que l’ivoire, et elle me dit :

— Il fut un jour où vous prîtes tout ce que j’avais, Miles, et alors vous n’étiez pour moi qu’un frère ; pourquoi hésiteriez-vous à en faire autant, maintenant que vous désirez devenir mon mari… ?

— Chère Lucie ! vous finirez par me guérir même de mon sot orgueil. — Puis, prenant les perles, je les passai autour d’un cou qui rivalisait avec elles de blancheur. J’ai toujours dit, ajoutai-je, que ce collier serait un présent de noce à ma femme ; acceptez-le donc aujourd’hui, en dépit de Daggett.

— Merci, Miles. — Vous voyez que je ne me fais pas prier, moi, pour accepter vos présents ; pourquoi donc seriez-vous plus difficile ? Quant à ce M. Daggett, n’y pensez pas ; nous trouverons bien moyen de le désintéresser. Un peu de patience, mon ami, et rien ne sera plus facile à Miles Wallingford que de payer ses dettes ; tout ce que j’ai ne lui appartiendra-t-il pas bientôt ? Non, non, monsieur Daggett, vous ne parviendrez pas à me ravir mon cher collier !

— Et Rupert ? demandai-je pour éclaircir tous mes doutes.

— Rupert n’a rien à voir dans mes affaires, et c’est moi qui insisterai pour qu’il rende tout ce qu’il a eu le courage de recevoir, au nom de notre bien-aimée Grace. Mais j’entends la voix de mon père. Il parle à une autre personne. J’avais espéré que nous dînerions seuls.

La porte s’ouvrit, et M. Hardinge entra suivi d’un monsieur d’un certain âge, dont l’air grave et posé annonçait qu’il était accoutumé à se mêler d’affaires importantes. Je le reconnus aussitôt ; c’était Richard Harrison, un des plus habiles jurisconsultes des États-Unis, celui-là même chez lequel Jacques Wallingford m’avait conduit quand il m’avait si fort pressé de faire mon testament. M. Harrison me secoua cordialement la main, après avoir salué Lucie qu’il connaissait intimement. Je vis du premier coup d’œil qu’il se passait quelque chose d’extraordinaire dans son esprit. Cet homme éminent procédait toujours avec beaucoup de calme et de sang-froid en affaires, et il entra sur-le-champ en matière sans beaucoup de circonlocutions.