Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 24, 1846.djvu/138

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Beulah et se dirigea vers Albany. Washington nommant un grand nombre d’officiers, Beekman fut fait colonel, et l’on peut dire qu’alors la guerre commença systématiquement. Des bruits éloignés parvinrent de temps en temps à la Hutte, mais l’été se passa sans amener d’événement qui pût troubler la tranquillité de la colonie. Les projets de Joël furent contrariés pour un temps ; il se trouva forcé de continuer à porter le masque et à recueillir pour un autre la moisson qu’il espérait recueillir pour lui-même.

Beulah avait pour son mari toutes les craintes d’une jeune épouse, mais comme les mois se succédaient et qu’une affaire en suivait une autre sans qu’il lui arrivât rien de fâcheux, elle commençait à subir les inquiétudes inséparables de la situation avec moins de tourment et plus de raison. Sa mère et Maud étaient pour elles des amies inappréciables dans ces moments fâcheux, quoique chacune d’elles eut aussi ses propres inquiétudes sur le compte de Robert Willougbby. Comme il n’y eut pas d’autre grande bataille dans le cours de l’année 1775, Beekman resta en sûreté avec les troupes qui investirent Boston et le major avec l’armée dans la ville. Ni l’un ni l’autre ne fut exposé, et ceux qui les aimaient étaient heureux d’apprendre que la mer séparait les combattants.

En novembre, la famille abandonna la Hutte, comme elle l’avait fait les années précédentes, et alla dans un district plus habité pour y passer l’hiver. Ce fut à Albany que le colonel Beekman les rejoignit et passa quelques heureuses semaines avec sa bien-aimée Beulah. La vieille ville dont nous parlons n’était pas gaie dans un moment comme celui-là, mais il y avait beaucoup de jeunes officiers du parti américain qui cherchaient à se rendre agréables à Maud. Le capitaine n’était pas fâché de voir plusieurs de ces jeunes gens assidus auprès de celle qu’il avait été si longtemps habitué à considérer comme sa fille ; car, à cette époque, ses opinions penchaient si fortement en faveur des droits des colonies, que Beekman lui-même était à peine plus joyeux quand il entendait parler du moindre succès des armes américaines.

— Cela ira bien à la fin, disait souvent le digne capitaine pour convaincre son ami le chapelain. Ils ouvriront les yeux avant peu, et l’injustice de la taxe des colonies sera reconnue. Alors tout deviendra facile. Le roi sera aimé comme toujours, et l’Angleterre et l’Amérique, se respectant mutuellement, n’en seront que