Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 24, 1846.djvu/161

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hommes ; mais il y avait à quoique distance un profond ravin que Maud visitait à cause de sa sauvage beauté, et où elle allait plus souvent peut-être qu’à une autre place, Michel y mènerait certainement son compagnon. On pouvait s’attendre ensuite à les voir arriver près de Maud et Robert comme au dernier endroit dans lequel on pût retrouver la jeune fille. Il faudrait à peu près une heure pour visiter les deux premières retraites de Maud et les bois environnants, et pendant ces recherches, non-seulement le soleil serait couché, mais le crépuscule même disparaîtrait. Jusqu’à ce moment le major devait rester près d’elle, et lorsqu’il entendrait les pas des messagers, il se retirerait derrière une projection du rocher, et ensuite se dirigerait vers l’habitation.

Ce plan était trop sage pour être rejeté, et Robert y trouvant une heure de conversation non interrompue avec Maud, l’adopta comme offrant plus de sûreté que les autres. Ceux qui étaient près des moulins restant parfaitement tranquilles, il était inutile de changer de position, ce qu’il aurait fallu faire dans tout autre cas. Loin de montrer des intentions hostiles, les Indiens n’avaient pas touché une seule cabane, et la fumée de l’incendie qu’on s’attendait à voir s’élever des moulins et des habitations de la vallée, ne se montrait pas le moins du monde. S’ils devaient se livrer à des actes de cruauté et assiéger les colons, ils attendaient au moins que la nuit vînt les couvrir de son obscurité.

C’est toujours un grand soulagement pour l’esprit, dans les moments d’épreuve, d’avoir pris une décision. Telle était la position de Maud et du major. Il s’assit auprès d’elle et commença à causer avec plus de calme qu’il ne l’avait fait jusque-là. Plusieurs questions furent faites sur l’état de la famille, sur son père, sur sa mère, sur Beulah et sur son enfant qui était encore un étranger pour le jeune soldat.

— Ressemble-t-il à son rebelle de père ? demanda l’officier royal en souriant péniblement, ou a-t-il un peu de la physionomie des Willoughby ? Beekman est un bel Hollandais, mais cependant je préférerais que l’enfant ressemblât à la vieille race anglaise.

— Ce charmant enfant ressemble à son père et à sa mère, mais plutôt au premier, à la grande joie de Beulah. Papa dit que c’est un vrai Hollandais, quoique ni maman, ni moi, nous ne voulions l’admettre. Le colonel Beekman est un très-digne homme, Bob,