Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 24, 1846.djvu/166

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


fût aperçu de ses compagnons. Pourtant, comme ils étaient un peu en avant et que les broussailles étaient épaisses, elle espérait que ce malheur serait évité. Le sentier étant circulaire, il fallut quelque temps pour trouver l’endroit que cherchait Joël. Enfin, y étant arrivés, ils traversèrent le ruisseau sur un arbre jeté là comme un pont rustique, expédient très-commun dans les forêts de l’Amérique. Comme notre héroïne l’avait souvent traversé seule, elle n’eut besoin d’aucune assistance, et il lui sembla que la moitié du danger avait disparu quand elle se trouva sur la même rive que la Hutte. Joël ne soupçonnant rien et mettant toutes ses facultés à écouter ce qui pouvait se passer en avant, abandonna le chemin et atteignit bientôt la lisière du bois. Puis il s’arrêta pour donner à ses compagnons le temps de le rejoindre. Le crépuscule avait presque disparu. Il faisait pourtant encore assez clair pour que Maud pût s’apercevoir que beaucoup de personnes guettaient son retour, soit aux fenêtres, au-dessus du rocher, soit aux alentours des palissades. La distance était si rapprochée qu’on aurait pu, en élevant la voix, se faire entendre, mais c’eût été un peu hasardeux dans le cas où quelque vedette ennemie se serait trouvée près de là.

— Je ne vois rien, miss Maud, fit observer Joël après avoir regardé soigneusement autour de lui. En prenant le sentier qui suit le bord de la rivière, quoiqu’il soit tortueux, nous marcherons en sûreté et nous serons à demi cachés par les broussailles. Allons vite et en silence.

Maud l’engagea à marcher devant, et elle resta derrière un arbre pour laisser les deux hommes la précéder d’une petite distance. Le major fut bientôt près d’elle. Quelques mots d’explication suffirent, puis elle courut après les guides, laissant Robert Willoughby assis sur une souche. La distance était si courte qu’elle les rejoignit bientôt, et ils se trouvèrent tous trois au bas du rocher. En suivant un chemin qui y conduisait, ils en tournèrent les flancs et montèrent jusqu’au pied des palissades. Ce qui nécessitait ce circuit, c’est qu’il fallait atteindre les portes. Maud les franchit rapidement, et elle vit dans un faible rayon de lumière plusieurs figures qui la regardaient et se montraient entre les charpentes. Elle ne s’arrêta pas ; ne parla pas, respirait à peine. Un profond silence régnait sur le rocher, mais quand Joël se présenta à la porte elle fut ouverte à l’instant et il s’introduisit. Il n’en fut