Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 24, 1846.djvu/172

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pèrais dépouiller moi-même. Le bétail erre dans les bois en sûreté, je crois ; mais ils peuvent brûler les granges et autres constructions. Nous serions alors à leur merci. S’ils demandent du rhum ou du cidre, et que nous le leur refusions, cela pourra les exaspérer, et au contraire ils seront charmés si nous leur en donnons.

— Ne serait-ce pas une bonne politique, Willoughby ? s’écria le chapelain. Les hommes ivres dorment profondément, nos gens pourraient aller vers eux et dérober leurs armes.

— Ce ne serait pas agir exactement en militaires, Woods, répondit le capitaine en souriant. Je crois qu’il est plus sûr pour nous qu’ils continuent à être sobres, car ils n’ont pas encore manifesté de grandes intentions d’hostilité. Mais nous reparlerons de cela tout à l’heure. Pourquoi es-tu venu ici, mon fils ?

— Le motif qui m’amène peut aussi bien se dire maintenant que dans un autre moment, répondit le major en donnant des chaises à sa mère et à ses sœurs, pendant que les autres s’asseyaient aussi. Sir William Howe m’a permis de venir vous voir, je puis même dire qu’il m’en a donné l’ordre, car, dans les circonstances où l’on se trouve, nous pensons tous que tout homme loyal en Amérique doit prendre parti pour la couronne.

Un mouvement général parmi ses auditeurs prouva au major avec quel intérêt on l’écoutait. Il s’arrêta un instant pour jeter un coup d’œil dans l’obscurité sur ceux qui l’entouraient, et il baissa prudemment la voix ; ensuite il continua.

— Je conclus, d’après le court entretien que j’ai eu avec Maud, dit-il que vous ignorez les deux événements les plus importants de cette malheureuse querelle.

— Nous apprenons peu de chose ici, répondit le père. J’ai entendu dire que milord Howe et son frère, sir William, ont été chargés par Sa Majesté de calmer les différends. Je les ai connus quand ils étaient jeunes ainsi que leur frère aîné Black Dick, c’est ainsi que nous appelions l’amiral ; c’est un homme discret et bien pensant ; mais je suppose que la charge qu’on leur a donnée est plutôt due à leur parenté avec le souverain qu’à leurs qualités personnelles.

— Cette parenté est peu connue dans le monde[1], et encore

  1. Les trois lords Howe sont bien connus dans l’histoire américaine ; George fut tué devant Ticonderoga ; Richard, le célèbre amiral, fut le héros du 1er juin : et sir William fut pendant plusieurs années commandant en chef en Amérique, et le sixième et dernier vicomte. Leur mère était une demoiselle Kilmausegge, qu’on supposait fille naturelle de George Ier. Ces trois officiers auraient donc été cousins germains de George II, et George III se serait trouvé leur neveu à la mode de Bretagne. Walpote et d’autres écrivains anglais parlent non-seulement de la parenté, mais de la ressemblance de famille. Du reste, des écrivains de cette époque semblent reconnaître que lord Howe était un petit-fils du premier souverain anglais de la maison de Brunswick.