Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 24, 1846.djvu/179

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À ce sujet, nous devons faire remarquer que la cuisine du capitaine était ultraroyale. Ces êtres rudes, mais simples, avaient un tel respect pour le rang et le pouvoir, que même une révolution ne pouvait pas les faire changer d’idée, et qu’ils associaient dans leur esprit l’autorité royale avec le pouvoir divin. Ils considéraient George III comme le plus grand homme de cette époque après leur maître, et il n’y avait rien en eux qui pût les disposer à lui ravir ses droits.

— Vous semblez pensif, Woods, dit le capitaine pendant que son fils, retiré dans sa chambre, revêtait un costume qui attirât moins l’attention de la garnison qu’une blouse, de chasse. Est-ce cette visite inattendue de Bob qui fournit matière à vos réflexions ?

— Non pas tant sa visite, mon cher Willoughby, que les nouvelles qu’il nous apporte. Dieu sait ce que deviendra l’église si la rébellion vient à l’emporter. Quette sorte de gouvernement aurons-nous ?

— Un gouvernement républicain, répondit le capitaine, il ne peut pas en être autrement. Les colonies ont toujours incliné vers cette direction elles manquent des éléments nécessaires à une monarchie. New-York renferme quelques nobles, de même que Maryland, la Virginie et les Carolines, mais ils ne sont pas assez nombreux pour faire dominer l’aristocratie ou maintenir le trône, et cette querelle les affaiblira probablement. On sait que la moitié des principales familles sont pour la couronne, et les nouveaux venus les forceront à quitter la place. Si la révolution prospère, c’en est fait de la monarchie en Amérique pendant un siècle au moins.

— Et les prières pour le roi et la famille royale que deviendront-elles ?

— Je pense qu’il faudra aussi les faire cesser. Il me semble que le peuple ne peut pas prier longtemps pour ceux à qui il refuse d’obéir.

— Tant que j’aurai une langue, vous m’entendrez faire des difficultés là-dessus. Dois-je penser alors que vous arrêterez ces prières dans notre établissement ?

— Je ne voudrais pas me montrer hostile. Vous devez reconnaître que ce serait trop demander que de faire prier une congrégation pour que le roi puisse vaincre ses ennemis, quand cette