Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 24, 1846.djvu/183

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vaient dans l’ombre et vinrent jusqu’à la porte. Là, ils firent halte pendant quelques minutes, délibérant sur les moyens de voir sans être vus. Ensuite le chapelain ouvrit la porte, et ils marchèrent de la pelouse vers les rochers avec de grandes précautions. Le capitaine connaissait parfaitement tous les sentiers, les fossés, les ponts et les champs de ses belles possessions. Le sol d’alluvion qui s’étendait autour de lui s’était formé d’âge en âge aux endroits que l’eau avait couverts. Mais comme le débordement de l’eau avait été causé par une digue, après que cette dernière eut été enlevée les prairies étaient exemptes de toute humidité. Cependant il y avait deux ou trois grands fossés pour recueillir l’eau qui descendait des montagnes voisines et celle des sources près de la lisière du bois. Ces fossés étaient traversés par des ponts. La connaissance de tous les détours était actuellement d’une grande utilité, d’abord pour s’avancer vers le camp des Indiens, et en second lieu, s’il fallait battre en retraite, elle devait servir aussi à préserver la vie ou la liberté des deux aventuriers.

Le capitaine ne suivit pas la grande route de la vallée qui conduisait de la Hutte aux moulins ; de là on aurait pu les observer, et il voulait prévenir une sortie hostile contre le camp ; mais il inclina à l’ouest, afin de visiter les cabanes et les granges qui se trouvaient de ce côté. Il fut frappé de l’idée que les envahisseurs avaient peut-être pris tranquillement possession des maisons, ou même volé les chevaux et décampé. Lui et son fils s’avancèrent donc avec la plus grande précaution, s’arrêtant de temps à autre pour examiner les feux qui s’éteignaient peu à peu sur le rocher, et pour jeter derrière eux un regard sur les fortifications. Tout était plongé dans le calme profond qui rend l’aspect d’un établissement dans une forêt si solennel et si imposant, après que les mouvements journaliers ont cessé. L’attention la plus grande n’eût pu saisir un son inaccoutumé. On n’entendait pas même l’aboiement d’un chien ; tous ces animaux ayant suivi leurs maîtres à la Hutte, comme si leur instinct leur eût appris que leur principale affaire était d’empêcher qu’on approchât de cet endroit. Chacune des sentinelles en avait un près d’elle, couché au-dessous des palissades, pour pouvoir leur donner l’alarme. Tous deux avaient traversé la distance comprise entre l’établissement et la forêt, quand le major posa tout à coup la main sur le bras de son père.