Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 24, 1846.djvu/193

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rendre utile en cas d’attaque, sans s’exposer vainement au danger d’être découvert. Il était chargé de la défense du côté de la Hutte dont les fenêtres s’ouvraient sur la cour, et Michel et les deux Plines devaient l’assister. Ce n’était pas là une précaution tout à fait inutile. Quoique la colline semblât une sauvegarde vers cette portion de la défense, on aurait pu l’escalader, et on doit se souvenir qu’il n’y avait pas de palissades du côté septentrional de la maison.

Quand tous les hommes furent assemblés dans la cour, une heure environ avant que le jour eût paru, Robert Willoughby réunit sa petite troupe dans la salle à manger et là il examina, à la lumière d’une lampe, les armes de ses gens, leurs accoutrements, et leur commanda d’attendre qu’ils reçussent de lui de nouveaux ordres. Son père, aidé du sergent Joyce, en fit de même dans la cour, et aussitôt après avoir rempli ce devoir, il franchit la première porte avec toute sa troupe. Comme l’appel avait été général, les femmes et les enfants s’étaient aussi levés ; plusieurs parmi les premières, allèrent voir si toutes les meurtrières étaient pourvues d’armes, tandis que les moins déterminées s’occupaient des soins de leurs enfants et de leur ménage. En un mot, la Hutte, à cette heure, ressemblait à une ruche en activité.

Il n’est pas à supposer que mistress Willoughby et ses filles aient pu garder le lit dans une circonstance comme celle-ci. Elles se levèrent avec les autres ; la grand’mère et Beulah s’occupèrent tout d’abord du petit Evert, dont la vie et la sûreté les inquiétaient plus que toute autre chose. C’était tout naturel. Aussi Maud s’étonnait-elle de ne pas ressentir en elle-même pour cet enfant un intérêt très-vif, dans un moment où les dangers devaient réveiller tous les tendres sentiments.

— Nous nous occuperons de l’enfant, Maud, dit la mère quelques minutes après que toutes trois furent habillées. Vous irez vers votre frère qui sera très-isolé dans la citadelle. Il pourrait désirer aussi envoyer un message à son père. Allez, chère fille, soutenez le courage du pauvre Bob.

Quelle tâche pour Maud ! Cependant elle obéit sans hésiter, car les habitudes de son enfance n’avaient pas été totalement surmontées par les sentiments de ses dernières années. Elle ne pouvait pas avoir avec celui qu’elle avait si longtemps regardé comme un frère la même réserve qu’avec un étranger pour lequel elle aurait