Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 24, 1846.djvu/224

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chant de la montagne, ils disparurent dans la direction du moulin, comme une nuée d’oiseaux qui prennent ensemble leur volée. Après avoir attendu vainement une demi-heure pour s’assurer si rien ne signalait le retour des Indiens, le sergent alla lui-même faire son rapport au capitaine.

Le capitaine Willoughby avait communiqué à sa femme tout ce qui s’était passé, et mistress Willoughby, à son tour, l’avait répété à ses filles. Maud était la plus affligée, ses soupçons sur Joël lui revenant plus sérieusement à l’esprit. Dès qu’elle eut tout appris elle craignit de graves conséquences pour Robert Willoughby, mais elle eut le courage de renfermer en en elle-même ses appréhensions.

Quand Joyce demanda son audience, la famille déjeunait, mais on mangeait peu et l’on partait moins encore. Le sergent fut admis, et il fit son récit avec une précision toute militaire.

— Cela me paraît suspect, Joyce, dit le capitaine après quelques instants de réflexion ; il me semble, à moi, qu’ils veulent nous induire à les suivre, afin de nous attirer dans une embuscade.

— Cela pourrait bien être, Votre Honneur, ou bien est-ce simplement une honnête retraite. Ils ont fait deux prisonniers, c’est un exploit considérable. On dit que lorsqu’ils en font un, ils le comptent comme une victoire.

— Ne vous alarmez pas, Wihelmina, le rang de Bob lui assure un bon traitement ; et s’il est vrai qu’ils l’ont fait prisonnier, ils regarderont son échange comme plus important que sa mort. Il n’est pas encore temps de décider un tel point, sergent. Après tout les Indiens peuvent s’être réunis en conseil au moulin ; ils ont l’habitude de consulter tous leurs guerriers avant de prendre un parti important, et puis leurs chefs désirent peut-être donner à nos envoyés une idée de leur force.

— Tout cela est militaire, Votre Honneur, et tout à fait possible ; cependant, d’après leurs mouvements, il me semble plutôt qu’ils font retraite.

— Je saurai bientôt la vérité, s’écria le chapelain. Moi, un homme de paix, je puis sortir en toute sûreté, et m’assurer qui ils sont et quels sont leurs projets.

— Vous ! mon cher ami ; vous imaginez-vous qu’une tribu de sauvages respectera votre caractère sacré ?

Je vous demande pardon, Monsieur, dit le sergent, le révé-