Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 24, 1846.djvu/240

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mer de leurs caractères et de leurs noms, afin de savoir la conduite qu’il avait à tenir. Il le demanda au sergent dès qu’il fut assez loin pour n’être pas entendu de la petite troupe.

— Nous avons Michel O’Hearn, les deux charpentiers, les trois nègres, Joël et les trois Hollandais, qui depuis quelque temps seulement font partie de l’établissement, et les deux garçons que Strides a engagés au commencement de l’année. En y ajoutant Votre Honneur et moi-même, cela fait en tout quinze hommes : encore assez, je crois, pour défendre la maison en cas d’assaut.

— Ce sont les meilleurs, répondit le capitaine, et les plus dignes de confiance, je crois. Je compte sur Mike, sur Jaime et sur les noirs aussi bien que sur nous-mêmes. Joël aussi est un homme de ressource, mais je ne sais comment il se comportera quand il verra le feu de près.

— Le caporal Strides est un soldat qui n’a pas encore été mis à l’épreuve, mais les nouvelles recrues font quelquefois des merveilles. Je réduirai la garde de moitié pour que nos hommes aient le temps de prendre du repos.

— Nous veillerons tour à tour, Joyce. Vous resterez jusqu’à une heure, et je vous remplacerai le reste de la nuit. Je parlerai à nos hommes avant que vous les ayez congédiés. Une parole encourageante ne peut que nous être utile dans ce moment.

Le sergent était rarement d’un avis contraire à celui de son supérieur ; il alla avec lui dans la cour et plaça la lanterne de manière que le capitaine pût voir toutes les physionomies.

— Il paraît, mes amis, dit M. Willoughby, que plusieurs de nos gens ont été saisis d’une panique, et ont déserté. Ces hommes égarés n’ont pas fui seuls, ils se sont fait suivre de leurs femmes et de leurs enfants. Un peu de réflexion vous montrera à quelle détresse ils peuvent être réduits par cette fuite imprudente. Il n’y a pas d’établissement de quelque importance distant de moins de cinquante milles d’ici, et il en faudrait faire plus de trente avant de rencontrer une simple hutte ; un long temps se passera avant qu’ils aient pu gagner un lieu de sûreté, en supposant qu’ils échappent aux sauvages qui, comme nous le savons, errent dans les bois. Les femmes et les enfants n’auront, ni l’art de cacher leur marche, ni les forces suffisantes pour résister à la fatigue et à la faim pendant plusieurs heures. Que Dieu leur pardonne ce qu’ils ont fait et les guide à travers les difficultés et les peines