Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 24, 1846.djvu/265

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tudes avaient pris la place des principes, et un peuple accoutumé à voir même les questions de discipline domestique traitées à l’église ou en public, et qui connaissait peu ou point les distinctions ordinaires des communications sociales se soumettait aux usages des autres classes de la société avec une singulière répugnance. Celui qui était né dans la Nouvelle-Angleterre ne savait pas apprécier les opinions de ce qu’il appelait le grand monde des provinces avec lequel il n’avait jamais eu de relations, et, selon l’usage du provincial il affectait de mépriser ce qu’il ne pratiquait ni ne comprenait. Il ne voulait pas reconnaître la distinction des classes ; et quand par occasion il se trouvait obligé d’aller habiter le territoire voisin, il se faisait remarquer en décriant tous les usages qui l’entouraient, les comparant, avec une satisfaction toute personnelle, à ceux qu’il avait laissés derrière lui.

Un semblable état de choses s’est montré plus spécialement dans la partie ouest de New-York depuis la paix de 83, les grandes invasions des émigrés de la Nouvelle-Angleterre ayant presque converti ce district en une colonie de l’est. Tout en admettant les progrès de l’activité et de l’intelligence, on a regretté que la fusion eût été si rapide et si complète.

La position actuelle du capitaine Willoughby tenait à ces causes liées avec les sentiments et les habitudes dont nous venons de parler. C’était avec déplaisir que Joël et un ou deux de ses associés voyaient la distance qui existait entre le propriétaire du Rocher et ses gens, et une active cupidité qui espérait des confiscations venait en aide à cette jalousie. Tout fait incapable d’apprécier la largeur du vide qui sépare le gentilhomme de l’homme vulgaire, Joël commençait à prêcher cette doctrine erronée qui dit qu’un homme est aussi bon qu’un autre. Dans des occasions ordinaires, les machinations de Strides n’auraient probablement pas eu de résultats ; mais aidé par les opinions du temps, il ne lui avait pas été très-difficile de détruire peu à peu la popularité de son maître en faisant d’incessants appels à l’envie et à la cupidité de ses compagnons. La probité, la libéralité et la sincérité du capitaine Willoughby nuisirent souvent à ses plans, il est vrai ; mais finalement, à force de persévérance et d’adresse, il réussit à triompher de l’influence qu’exerçaient ces bonnes qualités.

La part que Joël avait prise au dernier mouvement se décou-