Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 24, 1846.djvu/293

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Maud avait été trop sérieusement alarmée en voyant la boîte se refermer pour hésiter un instant à en examiner le contenu. Le papier fut pris, et elle commença à le déplier lentement, non sans un léger tremblement. Elle s’arrêta un moment pour respirer le délicieux parfum qui semblait en rendre l’intérieur sacré, puis ses doigts continuèrent leur office. À chaque instant elle s’attendait à voir l’écriture bien connue de Robert Willoughby, mais les plis du papier s’ouvrant tout à fait, à la surprise de Maud, elle vit qu’il n’y avait qu’une mèche de cheveux. Elle l’examina avec inquiétude, puis ses yeux brillèrent, et une rougeur qui pouvait être comparée aux teintes dont l’approche du jour illumine le ciel, se répandit sur ses joues, quand la boucle se déroulant, elle reconnut des cheveux tout à fait semblables à ceux qui tombaient en ce moment en profusion autour de son charmant visage. Ôter son peigne et comparer la boucle de Robert avec les siennes fut l’ouvrage d’un moment, qui suffit pourtant pour lui donner une parfaite conviction. C’était à un souvenir d’elle que Robert attachait tant de prix, c’était ce souvenir qu’il appelait le secret de sa vie.

Il était impossible que Maud ne comprît pas tout. Robert Wiiloughby l’aimait, et il prenait ce moyen pour lui avouer sa passion. Il avait été sur le point de la lui faire connaître la veille, et maintenant il se servait de la seule voie qui lui fût ouverte. Un flot de tendresse inonda le cœur de Maud, en repassant tout cela dans son esprit, et dès ce moment elle cessa de rougir de son propre amour. Elle pouvait éviter encore de l’avouer à sa mère et à Beulah, mais pour elle-même, elle était maintenant parfaitement justifiée à ses propres yeux.

La demi-heure qui suivit fut délicieuse. Tous les dangers présents se trouvèrent effacés par de brillantes espérances. L’imagination de Maud lui peignit des scènes de bonheur dans l’exercice de ses devoirs domestiques, et dans son amour pour Bob, qui s’élevait presque jusqu’à l’adoration. Elle voyait son père et sa mère heureux du bonheur de leurs enfants. Ces illusions ne pouvant toujours l’occuper, elle revint à la réalité. Elle pouvait aimer Bob sans blesser la susceptibilité des opinions de son sexe, et elle aurait voulu le récompenser pour avoir songé à lui faire connaître l’état de son cœur, dans un moment où il avait tant de raisons pour ne songer qu’à lui-même.