Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 24, 1846.djvu/305

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voir parfaitement les bâtiments du Rocher. Il est vrai qu’il n’apercevait ni la pelouse, ni toutes les palissades, mais seulement l’aile occidentale et une partie des habitations. Tout paraissait aussi tranquille au dedans et au dehors que si l’on eût été dans un désert. Il y avait dans ce silence quelque chose d’imposant, et le capitaine pensa que s’il avait été frappé du mystère qui accompagnait l’inaction et la tranquillité des ennemis, ils avaient pu éprouver les mêmes sensations en voyant le repos de la Hutte et la sécurité apparente de la garnison. En effet, la désertion de Joël et les informations qu’il avait apportées avec lui devaient avoir contribué à donner des doutes à l’ennemi. Hélas ! il n’était pas probable qu’on pourrait en imposer longtemps par ce semblant de calme.

Le capitaine Willoughby sentit les larmes lui monter aux yeux à la vue de cette habitation qui contenait tout ce qui lui était cher. Joyce la contempla aussi avec plaisir : il y demeurait depuis tant d’années ! il avait toujours pensé qu’il y mourrait. Uni avec son ancien commandant par un lien qui ne pouvait se rompre, il était impossible que le sergent pût sans émotion voir l’endroit où il avait laissé tant de précieuses marques de la protection de la Providence. Chacun d’eux se taisait. Les haches seules rompaient le silence des bois, et pour des oreilles accoutumées à ce bruit, cela n’offrait aucun inconvénient. Au milieu de ce calme, les taillis du Rocher remuèrent comme au passage d’un écureuil ou d’un serpent. Le capitaine Willoughby se retourna, s’attendant à voir quelque animal de ce genre, mais il n’aperçut qu’une face basanée et deux yeux brillants qui se trouvaient à la portée de son bras. Celui qui apparaissait ainsi était un véritable Indien, et l’instant n’admettant pas de réflexion, le vieil officier prit son poignard et levait déjà le bras pour frapper, quand Joyce arrêta le coup.

— C’est Nick, Votre Honneur, dit le sergent. Est-il ami ou ennemi ?

— Il nous le dira lui-même, répondit le capitaine en baissant sa main d’un air de doute. Laissons-le parler.

Nick s’avança et se posa calme et sans crainte à côté des deux hommes blancs. Son regard était féroce et ses mouvements indécis. Il pouvait les trahir, et ils se sentaient peu tranquilles. Mais le hasard avait amené Nick directement en face de l’ouverture qui laissait voir la Hutte. En allant de l’un à l’autre des deux militaires,