Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 24, 1846.djvu/334

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quelques-uns de vos paresseux et vous avez entendu la grande scie, qui à distance peut avoir le même son qu’une petite qui serait tout près.

L’homme regarda un instant son prisonnier avec incrédulité, puis il sortit afin de s’assurer par lui-même de la vérité, et appela à haute voix un de ses compagnons pour se joindre à lui. Willoughby reconnut qu’il n’y avait pas de temps à perdre. En moins d’une minute, il eut franchi le trou, fait retomber la couverture derrière lui, entouré la fine taille de Maud d’un de ses bras, tandis que de l’autre il écartait les broussailles ; et il suivit Nick dans l’étroit passage placé entre les rochers et le moulin. Le major semblait plus occupé d’éloigner Maud de cet endroit que de se sauver lui-même. Son pied avait à peine touché la terre, que déjà il montait vers l’endroit où Joyce avait fait halte. Nick s’arrêta un instant et leva le doigt comme pour faire signe d’écouter. Ses oreilles exercées avaient entendu parler à peu près à cinquante pieds de distance. Les hommes s’appelaient les uns les autres par leurs noms, et une voix qui paraissait venir d’en bas leur apprit que l’un d’eux devait avoir passé sa tête par le trou.

— Voilà la scie, et en voici l’œuvre, s’écria la voix.

— Et là, il y a du sang, dit un autre. Voyez ; en voici une mare cachée avec de la terre et des pierres.

Maud frissonna d’horreur, comme si son âme allait abandonner son corps, et le major fit signe à Nick de marcher. Mais pendant un instant, le sauvage parut dérouté. Pourtant le danger était si proche et si évident qu’il se remit en route. Les fugitifs atteignirent le sentier par lequel Nick et Maud avaient gagné diagonalement les rochers, Nick le prit, et alors les buissons le cachèrent à ceux qui auraient pu les poursuivre. Un peu plus bas, cependant, il y avait un espace découvert ; l’esprit vif du sauvage lui fit comprendre qu’il valait mieux s’arrêter un moment, la fuite étant inutile, puisque l’ennemi était sur leurs talons.

Au bout de quelques secondes, les voix s’entendaient au-dessus des fugitifs. Willoughby voulait franchir le sentier en portant Maud dans ses bras, mais Nick s’y opposa. Ce n’était pas le moment de discuter, et des voix s’exprimant en anglais, ce qui prouvait que la plupart de ces hommes étaient anglais, ou de naissance, ou d’origine, se disputaient sur le chemin qu’il fallait prendre, car ils se trouvaient à la jonction des deux sentiers.