Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 24, 1846.djvu/353

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L’arrangement par lequel ce traître mettait toute une famille à la merci des sauvages, était excessivement simple. Rappelons-nous qu’un seul battant de la porte était suspendu, et que l’autre était soutenu par un étai. Cet étai consistait en une seule pièce de charpente, dont un bout appuyait sur terre, et l’autre sur le cintre de la porte qui se trouvait préservée d’une chute par des chevilles de bois enfoncées au-dessus de sa base. Le bas bout de l’étai posait contre un fragment de rocher que la nature avait placé dans cet endroit retiré. Enfin, comme l’ouvrage avait été exécuté avec une grande précipitation, on s’était borné à placer des coins pour maintenir le battant dans les rainures.

Joël connaissait tout cet arrangement. Saisissant un moment favorable, il avait relâché les coins, les laissant pourtant à leur place, mais en prenant la précaution d’attacher une corde mince et forte au plus gros des trois. Enterrant ensuite cette corde dans la boue, il en avait roulé la moitié autour d’un bâton enfoncé dans la terre, tout près du mur, puis il l’avait passée par un trou fait par un des gonds à l’extérieur du battant. Le tout fut arrangé avec assez de soin pour échapper à la vigilance des observateurs que le hasard aurait pu amener en cet endroit, et pour que l’inspecteur pût assister ses amis en leur ouvrant la place, après qu’il aurait pourvu à sa propre lâcheté par la fuite. Personne ne passant par là, la corde ne fut ni aperçue ni dérangée.

Aussitôt que Joël atteignit le mur de la Hutte, son premier soin fut de s’assurer qu’il ne pouvait être atteint par aucun projectile lancé des meurtrières ; puis il alla près de la porte et se consulta avec le chef des Mohawks. Trouvant tout comme il l’avait disposé, il tira doucement la corde et fut bientôt certain qu’il avait dérangé le coin, et qu’on pourrait, en employant un peu de force, entrer par l’ouverture. Agissant avec précaution, il appliqua le bout d’un levier au milieu du battant et le souleva suffisamment pour être sûr qu’on le renverserait quand on le voudrait ; puis il annonça au grave guerrier qui suivait attentivement tous ses mouvements, que le temps était arrivé de l’aider.

Il y avait une douzaine de blancs dans le groupe des sauvages réunis à la porte ; on en prit quelques-uns et on leur donna des pointes de fer pour renverser le battant. Voilà quel était le plan pendant qu’on appuierait sur la partie supérieure, les pointes et les barres de fer dont la prévoyance de Joël avait fait une provi-