Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 24, 1846.djvu/368

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autres villes qui couvrent maintenant le pays que nous avons décrit, n’existaient pas même de nom.

Les dix années qui s’écoulèrent entre 1785 et 1795 changèrent tout ce district montagneux. Des terres mieux cultivées s’étendaient du côté de l’ouest, mais le défaut de routes et l’éloignement des marchés entravaient un peu les travaux. Quelques années après, quand la paix fut proclamée, les émigrés qui s’étaient éloignés revinrent en foule dans les endroits dont nous avons parlé dans notre premier chapitre. Ce pays forme aujourd’hui plusieurs comtés, et alors il n’y en avait qu’un.

La Gazette de New-York, journal assez exact, annonça dans son numéro de 11 juin 1795 la nouvelle suivante : « Le paquebot de Sa Majesté vient d’arriver, et parmi ses passagers se trouvent le lieutenant général sir Robert Willoughby et sa femme, tous deux natifs de l’Amérique. Nous sommes heureux de les revoir dans leur pays natal, où nous pouvons leur assurer qu’ils seront cordialement reçus, malgré les vieilles querelles. On se souvient avec reconnaissance de la bonté du major Willoughby pour les prisonniers américains, et l’on n’a pas oublié qu’il a désiré changer de régiment afin d’éviter de servir plus longtemps contre sa patrie. »

La visite de sir Robert et de lady Willoughby dans leur pays natal avait pour but d’abord de le revoir, et puis de s’occuper de la fortune future de leurs enfants. Le baronnet avait racheté l’ancienne propriété de sa famille en Angleterre, et ayant deux filles et un seul fils, il pensa que ce qu’il possédait en Amérique, c’est-à-dire la Hutte du Rocher, pourrait, avec le temps, augmenter leurs possessions. D’ailleurs, lui et sa femme avaient un grand désir de revoir ces lieux où ils avaient appris à s’aimer, et où étaient encore les restes de ceux qui leur avaient été si chers.

La cabine d’un sloop fut louée, et sir Robert, sa femme, deux domestiques et une espèce de courrier américain, engagé pour le voyage, s’embarquèrent le matin du 25 juillet. L’après-midi du 30, le sloop arriva en sûreté à Albany, et une voiture fit le reste du chemin. On prit la route du vieux fort Stanwix ; c’est ainsi qu’on appelait encore Utica. Nos voyageurs y arrivèrent le soir du troisième jour. Alors il fallait la moitié d’un jour pour traverser les sables ; aujourd’hui on y met moins d’une heure. Depuis le fort Stanwix la route était passable, et l’on voyagea jusqu’à ce qu’on eût