Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 27, 1847.djvu/119

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Ma grand’mère prit la montre et l’examina attentivement.

— Le prix me semble singulièrement bas ! dit-elle en jetant sur son fils un regard qui me semblait méfiant. Je sais que ces montres se font pour assez peu de chose en Europe mais on ne peut guère comprendre comment ce mécanisme petit être monté pour une si faible somme.

— Ch’en ai, Madame, à tout brix.

— Je désire vivement acheter une très-bonne montre de dame, mais je craindrais de l’acheter de tout autre qu’un marchand établi et connu.

— N’ayez pas beur, Madame, me hasardai-je à dire ; si nous foulions dromper quoiqu’un, ce ne serait pas une aussi ponne dame.

Je ne sais si ma voix frappa agréablement l’oreille de Patty, ou si ce fut le désir de voir réaliser immédiatement le projet de sa grand’mère mais elle intervint activement, en la priant d’avoir confiance en nous. Les années avaient enseigné à ma grand’mère la prudence, et elle hésitait.

— Mais toutes ces montres sont d’un métal inférieur, observa-t-elle, et j’en veux une de bel or et d’un beau travail.

Mon oncle aussitôt produisit une montre qu’il avait achetée de Blondel à Paris, au prix de cinq cents francs, et qui était digne de figurer à la ceinture d’une grande dame. Il la donna à ma grand’mère qui lut avec quelque surprise le nom du fabricant. La montre fut alors examinée avec attention et admirée d’une voix unanime.

— Et quel est le prix de cet objet ? demanda ma grand’mère.

— Cent dollars, matame ; et être pon marché.

Tom Miller regarda la montre qu’il avait en main, et l’autre bien plus petite que tenait ma grand’mère, et fut aussi embarrassé qu’il l’avait été un instant auparavant à propos des distinctions entre le riche et le pauvre. Tom n’était pas capable de distinguer le vrai du faux, voilà tout.

Ma grand’mère ne parut pas étonnée du prix, quoiqu’elle jetât encore un ou deux regards de méfiance sur le colporteur imaginaire ; enfin la beauté de la montre l’emporta.

— Si vous voulez, dit-elle, apporter cette montre à cette grande maison là-bas, je vous paierai les cent dollars ; je n’ai pas tout cet argent sur moi.

— Ya, ya, très-pien ; fous poufez garder la montre, matame,