Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 27, 1847.djvu/125

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M. Warren sourit, et prenant la flûte de mes mains, se mit à l’examiner. Alors je tremblai pour mon incognito. J’avais cet instrument depuis plusieurs années ; il était d’une excellente qualité, bien orné, et garni de clefs et de touches d’argent. Que faire si Patt, si ma grand’mère, le reconnaissaient ? J’aurais donné le plus beau bijou de la collection de mon oncle pour le ravoir dans mes mains ; mais avant que je pusse m’en saisir, la flûte passa de main en main jusqu’à ce qu’elle vînt dans celle de ma sœur. La chère enfant était trop occupée des bijoux, et remit l’instrument, disant à à hâte :

— Voyez, chère grand’mère, voici la flûte que vous avez déclaré avoir les plus beaux sons que vous ayez jamais entendus.

Ma grand’mère prit la flûte, tressaillit, rapprocha ses lunettes de ses yeux, examina l’instrument, devint pâle, et me jeta un regard rapide et inquiet. Je pus la voir, pendant une ou deux minutes, réfléchissant profondément dans le secret de son cœur. Heureusement, tous les autres étaient trop occupés de la boîte du colporteur pour faire attention à ses mouvements. Elle sortit lentement de la chambre, me coudoya en passant, et sortit dans le vestibule. Là, elle se retourna, et, saisissant mon regard, me fit signe de la suivre. Obéissant aussitôt, je la suivis jusqu’à ce qu’elle me conduisit à une petite chambre située dans l’une des ailes, et que je reconnus pour être une espèce de parloir attaché à la chambre à coucher de ma grand’mère. Celle-ci s’assit, ou plutôt se laissa tomber sur un canapé ; car elle tremblait tellement qu’elle ne pouvait se tenir debout, me regarda attentivement, et s’écria avec une émotion que je ne saurais décrire :

— Ne me tenez pas en suspens ! Ai-je raison dans mes conjectures ?

— Oui, ma très-chère grand’mère, répondis-je de ma voix naturelle.

C’en fut assez ; nous étions dans les bras l’un de l’autre.

— Mais qui est ce colporteur, Hughes ? reprit-elle après un intervalle de silence et d’attendrissement. Est-il possible que ce soit mon fils Roger ?

— Ce n’est nul autre : nous sommes venus vous visiter incognito.

— Et pourquoi ce déguisement ? Est-ce à cause des troubles ?

— Sans doute. Nous avons voulu examiner les choses de près