Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 27, 1847.djvu/136

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L’entrée de ma grand’mère mit fin aux discours de John. On lui donna une commission pour le faire sortir de la chambre et j’appris le sujet de cette visite. Ma sœur savait le secret de notre déguisement et mourait d’envie de m’embrasser. Ma chère grand’mère avait avec raison pensé qu’il ne serait pas charitable de lui laisser ignorer notre présence et le fait étant connu, la nature était impatiente de faire valoir ses droits. J’avais moi-même été tenté vingt fois dans la matinée, d’appeler Patt dans mes bras pour l’embrasser. La principale affaire était donc d’arranger une entrevue, sans éveiller le soupçon des autres personnes. Voici comment ma grand’mère avait disposé les choses.

Il y avait près de la chambre de Marthe un joli petit cabinet de toilette ; c’est là que nous devions nous voir.

— Elle et Mary Warren y sont actuellement, attendant votre présence, Hughes…

— Mary Warren Sait-elle donc aussi qui je suis ?

— Pas le moins du monde ; elle n’a pas d’autre idée sur vous, si ce n’est que vous êtes un jeune Allemand de bonne famille et de bonne éducation, chassé de son pays par les troubles politiques, et qui est obligé de tirer parti de son talent musical, en attendant un meilleur emploi. Elle m’a dit tout cela avant que je vous rencontrasse, et il ne faut pas être trop fier, Hughes, si je vous dis que vos infortunes supposées et vos talents et vos bonnes façons vous ont fait une amie d’une des meilleures et des plus nobles filles que j’aie jamais eu le bonheur de connaître. Je dis vos bonnes façons, car je ne saurais attribuer vos succès à votre bonne mine.

— J’espère que mon déguisement ne me donne pas un aspect repoussant pour ma sœur elle-même…

Un rire éclatant de ma grand’mère m’interrompit, et je m’arrêtai, rougissant, je crois, un peu de ma folie. Mon oncle lui-même s’associa à la gaîté de sa mère, quoique je pusse voir qu’il désirait que Mary Warren fût bien loin avec son père. J’avoue que je me sentis assez honteux de ma faiblesse.

— Vous êtes très-bien, Hughes, mon cher enfant, reprit-elle, quoique je pense que vous paraîtriez plus avantageusement avec vos beaux cheveux qu’avec cette perruque. Cependant, on voit assez de votre figure pour la reconnaître, pourvu qu’on soit un peu au courant, et j’ai dit à Marthe d’abord que j’étais frappée d’une