Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 27, 1847.djvu/14

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pourraient rencontrer beaucoup plus de jouissances en Europe qu’en Amérique. Mais le philosophe, le philanthrope, l’économiste, le patriote, en un mot, peut à bon droit signaler les éléments de profonde supériorité nationale que l’on trouve en Amérique.

— J’espère, mon oncle, que ces éléments eux-mêmes ne sont pas assez profonds pour ne pas pouvoir être mis au jour.

— Il y a peu de difficulté à cela, mon garçon. Regarde, pour commencer, l’égalité de la loi. Elle repose sur les principes de justice naturelle ; constituée au bénéfice de la société, pour le pauvre comme pour le riche.

— Est-ce de même établie pour le riche comme pour le pauvre ?

— Eh bien, je t’accorde qu’à cet égard il commence à paraître une légère tache. C’est une des faiblesses inhérentes à l’humanité, et nous ne devons pas espérer la perfection. Il y a certainement une tendance à légiférer pour le grand nombre, afin d’obtenir des voix aux élections ce qui a rendu, je l’avoue, les rapports de débiteurs et créanciers assez peu sûrs mais la prudence peut aisément remédier à cela. Après tout, ce n’est que s’égarer dans la bonne voie, que de favoriser le pauvre au lieu du riche, si l’un des deux doit être préféré.

— La justice ne favoriserait ni l’un ni l’autre, mais les traiterait également. J’ai toujours entendu dire que la tyrannie du nombre était la pire de toutes.

— Sans doute, là où il y a vraiment tyrannie et la raison en est claire. Un tyran est plutôt satisfait qu’un million de tyrans, et a même un plus grand sentiment de responsabilité. Je puis aisément concevoir que le czar lui-même, s’il est disposé à être un tyran, peut hésiter à faire, sous son unique responsabilité, ce que ferait une de nos majorités, sans même avoir la conscience de l’oppression qu’elle exercerait ou sans s’en soucier. Mais, en somme nous faisons peu d’oppression et certes pas assez pour balancer les immenses avantages du système.

— J’ai entendu des hommes très-sages dire que le plus fâcheux symptôme de notre système est la décadence graduelle de la justice parmi nous. Les juges ont perdu leur influence, et les jurés se mettent à faire la loi aussi bien qu’à la violer.

— Il a beaucoup de vrai dans cela, j’en conviens et dans tous les procès, de quelque importance, l’on entend constamment de-