Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 27, 1847.djvu/145

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les difficultés furent aplanies en me mettant dans le grenier, où je fus favorisé d’un lit de paille dans une maison qui m’appartenait.

Pendant que la négociation se poursuivait, je remarquai que Josh Brigham, le valet anti-rentiste de Miller, ouvrait les yeux et les oreilles à tout ce qui se faisait ou se disait. De tous les hommes de la terre, l’Américain de cette classe est le plus méfiant, et le plus soupçonneux ; L’Indien, sur le sentier de la guerre, la vedette placée près de l’ennemi dans un brouillard une heure avant l’aurore, le mari jaloux, ou le prêtre devenu un partisan, ne sont pas plus disposés à conjecturer, supposer et se créer des imaginations, qu’un Américain de cet acabit. Ce Brigham était le beau idéal de l’école soupçonneuse, envieux et méchant, aussi bien que malin et observateur. Le fait même de son association avec les Indgiens, ajoutait à ses penchants naturels la conscience de ses fautes, et le rendait doublement dangereux ! Tout le temps que mon oncle et moi nous nous débattions pour avoir chacun une chambre, ne fût-ce qu’un petit cabinet, ses regards vigilants montraient combien il voyait dans chacun de nos mouvements des motifs de curiosité, sinon de soupçon. Quand tout fut conclu, il me suivit sur un petit gazon devant la maison où je me tenais contemplant le coucher du soleil, et ses premières paroles trahirent la nature de ses pensées.

— Le vieux, dit-il en parlant de mon oncle, doit avoir beaucoup de montres d’or sur lui, puisqu’il est si difficile concernant son lit. Colporter de tels articles est un métier assez scabreux, je gage ?

— Ya, c’est tangereux dans des endroits, mais pas dans ce pon bays.

— Pourquoi donc le vieux insistait-il si fort pour avoir cette chambre à lui tout seul, et pour vous envoyer au grenier ? Nous autres, nous ne voudrions pas du grenier ; c’est trop chaud pendant l’été.

— En Allemagne, un homme, un lit, répondis-je.

— Oh ! c’est ça. Eh bien ! chaque pays a sa mode, je suppose. L’Allemagne est une terre foncièrement aristocratique, dit-on.

— Ya ; il reste en Allemagne peaucoup de la fieille loi véodale, peaucoup de coutumes véodales.

— Des propriétaires beaucoup, je suppose. Des baux longs comme mon bras, hein ?