Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 27, 1847.djvu/155

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les Miller avaient cinquante bu soixante acres en possession, et, d’après les nouvelles idées, on aurait pu soutenir que, puisque nous leur avions si longtemps donné des gages pour travailler la terre et pour se servir des troupeaux et des ustensiles, le titre de propriété devait passer de mes mains dans celles de Tom Miller. Si l’usage donne un droit, pourquoi ce droit ne s’appliquerait-il pas à un cheval et à une charrette, aussi bien qu’à une ferme ?

En sortant de la ferme, je portai attentivement mes regards vers la maison, dans l’espoir d’apercevoir une forme de quelque personne aimée, à la fenêtre ou sous le portique. Pas une âme ne parut néanmoins, et nous descendions le chemin derrière l’autre charrette, causant des événements de la veille et des incidents probables de la journée. La distance que nous avions à parcourir était de quatre milles, et l’heure indiquée pour le commencement du meeting, qui était la grande affaire du jour, était onze heures. En conséquence, rien ne nous pressait, et j’aimais mieux me conformer aux dispositions de l’animal que je conduisais, que d’arriver une ou deux heures trop tôt. Par suite de notre lenteur, Miller et sa famille furent bientôt hors de nos regards, leur désir étant de voir le plus possible.

La route entre le Nest et le petit Nest est rustique et aussi agréable à l’œil qu’on peut s’y attendre dans cette partie de la contrée, où il n’y a ni eaux ni montagnes. Nos paysages de New-York ont rarement cette grandeur d’aspect que présentent les campagnes en Italie, en Suisse et en Espagne ; mais nous en avons beaucoup qui ne demandent, pour compléter leurs charmes, qu’un dernier coup de main à leurs accessoires artificiels. Ainsi en est-il de la principale vallée de Ravensnest, qui, au moment même où nous la traversions, présentait un tableau de richesse mêlée de bien-être que l’on rencontre rarement dans ce vieux monde, où l’absence de clôtures et la concentration des habitations dans les villages, donnent aux champs un aspect de nudité et de désolation, malgré l’habileté des labours et la beauté des moissons.

— Ce domaine vaut bien la peine qu’on se le dispute aujourd’hui, dit mon oncle, quoique jusqu’ici il n’ait pas été fort productif pour son propriétaire. Le premier demi-siècle d’une propriété américaine ne rapporte guère que de la peine et des ennuis.