Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 27, 1847.djvu/175

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l’église je me fis jour jusqu’à l’endroit où se tenait mon oncle.

Je n’ai ni le temps ni le désir de donner une analyse de la prédication. L’orateur fut abondant, enflé, et tout autre chose que logicien. Non-seulement il se contredit à chaque instant, mais aussi à chaque instant il contredit les lois de la nature. Le lecteur intelligent n’a pas besoin qu’on lui rappelle le caractère général d’un discours qui s’adressait aux passions et aux intérêts des auditeurs, plutôt qu’à leur raison. Il fit d’abord des commentaires sur les conditions particulières des baux dans les vieilles propriétés de la colonie, faisant allusion aux redevances des volailles, des journées de travail et des tenures de longue durée. La réserve des mines, aussi, fut signalée comme une condition tyrannique, comme si un propriétaire était tenu de céder plus de droits qu’il ne lui convenait, comme si le tenancier pouvait réclamer plus de droits qu’il n’en avait accepté, comme si le tenancier avait acquis par le temps et l’acceptation certains intérêts mystérieux. L’orateur oubliait que le temps consacrait les droits, de l’une des parties non moins que ceux de l’autre, et que si l’un des contractants devenait vieux comme tenancier, l’autre devenait également vieux comme propriétaire. Après ces généralités, il fallait arriver au point spécial pour lequel il était payé ce jour-là ; il fallait satisfaire les passions des gens de la contrée, c’est-à-dire les projets des tenanciers mécontents de Ravensnest. Or, à Ravensnest, il n’y avait ni les redevances de volailles, ni les journées de travail, ni la longueur des baux à invoquer, car il était connu de tous que mes baux n’étaient plus que très-courts, la plupart devant expirer incessamment. Voyant qu’il était nécessaire de se placer sur un autre terrain, il résolut de s’y placer hardiment.

La famille Littlepage devint alors le texte de ses déclamations. Qu’avaient-ils fait, demanda-t-il, pour devenir les seigneurs de la terre ? Bien entendu qu’il passa sous silence quelques services publics dont pourraient se vanter les Littlepage ; rendre justice n’était pas son but ; il ne voulait que flatter les désirs de ce qu’il appelait le peuple, c’est-à-dire de masses avides et insensées. Tous ceux qui connaissent quelque chose du système qui règne actuellement parmi nous, doivent savoir comment le « peuple » écoute la vérité quand il s’agit de son pouvoir et de ses intérêts ; il n’est donc pas étonnant que même un bien pauvre raisonnement pût facilement jeter un voile sur les yeux des auditeurs de Ravensnest.