Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 27, 1847.djvu/177

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conquis le territoire sur ce souverain ? Ne s’était-il pas mis à sa place ? Et n’était-ce pas un principe en politique qu’aux vainqueurs appartiennent les dépouilles ? Par conséquent, en faisant la conquête de l’Amérique, le peuple avait conquis la terre, il avait le droit de s’en emparer et de la garder. « Je n’ai pas, ajouta-t-il, un grand respect pour les titres délivrés par les rois, et je crois que le peuple ne les respecte pas plus que moi. Si Hughes Littlepage désire un domaine, comme il l’appelle, qu’il s’adresse au peuple, qu’il le serve ; et qu’il voie quelle sorte de domaine on lui donnera.

Mais il y eut une partie de son discours qui fut si remarquable, que je dois essayer de la rendre telle qu’elle fut prononcée. Ce fut au milieu de sa discussion sur le sujet des titres, qu’il s’écria d’une voix retentissante : « Ne me parlez pas d’ancienneté, de temps, ou de la durée de possession, comme de choses méritant le respect ; tout cela n’est rien, est moins que rien. La possession est une bonne chose devant la loi, j’en conviens ; et je maintiens que c’est justement ce qui constitue les droits des tenanciers. Ils ont la possession légale de cette propriété même qui s’étend de près et de loin autour de nous ; riche et glorieux héritage s’il est partagé parmi les hommes honnêtes et travailleurs, mais trop considérable d’au moins dix mille acres pour un jeune oisif qui en gaspille le produit dans les terres étrangères. Je soutiens que les tenanciers ont précisément cette possession légale, dans ce moment même ; seulement la loi ne veut pas reconnaître leurs droits. C’est cette loi maudite qui empêche le tenancier de faire valoir son titre contre le propriétaire. Vous voyez, mes concitoyens, que les propriétaires forment une classe privilégiée, qui doit être rabaissée au niveau général de l’humanité. Je sais quelles sont, les objections, poursuivit-il en secouant la tête d’un air capable ; je sais que les cas changent avec les circonstances. J’avoue qu’il ne serait pas juste qu’un homme allât emprunter ou louer à son voisin un cheval pour une ou plusieurs journées, et qu’ensuite il cherchât quelques chicanes pour le garder. Mais un cheval n’est pas de la terre, vous m’accorderez cela. Si un cheval était de la terre le cas ne serait plus le même. La terre est un élément, comme le feu, comme l’eau, comme l’air. Or, qui osera dire qu’un homme libre n’a pas droit à l’air, à l’eau, et par la même raison, à la terre ? Oui, mes concitoyens, il a tous ces droits, il les a. Ces droits for-