Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 27, 1847.djvu/186

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qu’ils forment plus de la moitié de la population générale, qui par conséquent est obligée de se soumettre à la minorité. Ce n’est pas tout ; cette modification peut être introduite par l’effet d’une seule voix de majorité dans chacun des vingt-trois États ; or, en ajoutant toutes les voix opposantes à celles des sept autres, vous pourriez avoir une modification constitutionnelle faite dans ce pays contre une majorité de deux millions de voix. Il s’ensuit que le peuple n’est pas tout, n’est pas omnipotent. Il y a quelque chose de plus fort que le peuple, après tout, et ce sont les principes, et si nous nous mettons à déchirer de nos propres mains… »

Il fut impossible d’entendre un mot de plus de ce que disait l’orateur. L’idée que le peuple n’était pas omnipotent ne saurait avoir cours parmi une portion quelconque de la population qui croit former plus spécialement le peuple. Les assemblées locales deviennent chez nous tellement accoutumées à se considérer comme investies du pouvoir suprême qui, dans tous les cas, ne peut être exercé que par le peuple tout entier, qu’elles se précipitent souvent dans de flagrantes illégalités, s’imaginant que leur petite fraction du corps politique est infaillible et tout-puissant. Avoir par conséquent l’audace de soutenir que l’édifice populaire des institutions américaines est construit de manière à laisser au pouvoir de la minorité le droit de modifier la loi organique, semblait aux auditeurs de M. Hall un blasphème politique. Ceux qui étaient sous les fenêtres firent entendre des murmures, tandis que la bande des Indgiens criait et hurlait à tue-tête. Il paraissait probable que nous touchions à la fin de toute délibération pour ce jour-là.

Hall ne parut ni surpris ni troublé. Il essuya tranquillement son front et reprit son siège, laissant les Indgiens danser à travers l’église, brandissant leurs couteaux et leurs fusils, avec des gestes qui eussent effrayé un homme moins calme. Quant à M. Warren, il fit sortir Mary, quoiqu’il y eût d’abord un mouvement comme pour lui fermer le passage. Mon oncle et moi, nous suivîmes, les cris et les hurlements devenant insupportables pour nos oreilles. Le président, le secrétaire et les deux ministres conservèrent leurs sièges sans être molestés. Mais personne ne s’approcha d’eux et cela prouverait encore ce que j’ai déjà dit, qu’il n’y avait rien de commun entre les véritables anti-rentistes, les tenanciers opprimés de New-York et ces vils faiseurs de mascarades.