Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 27, 1847.djvu/187

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Si je fus enchanté de sortir moi-même de l’église, je ne le fus pas moins de voir M. Warren conduisant Mary vers l’endroit où j’avais laissé son wagon, désirant sans doute échapper à une scène qui ne promettait plus que des clameurs, des disputes et peut-être quelque chose de plus sérieux. Mon oncle Ro me pria de faire sortir notre véhicule, et je me disposais à obéir au milieu d’une espèce de panique générale, les femmes surtout fuyant dans toutes les directions. Ce fut dans ce moment que tous les mouvements s’arrêtèrent soudain, lorsqu’on vit les Indgiens se précipiter hors de l’église, conduisant au milieu d’eux le dernier orateur, M. Hall.

Mon oncle me rappela, paraissant disposé à secourir Hall, qui, assisté courageusement par les deux ou trois amis qui s’étaient tout le temps tenus près de lui, s’avançait alors vers nous, entouré d’un groupe d’Indgiens hurlants et menaçants. On eût dit une troupe de chiens de village jappant autour d’un chien étranger aventuré au milieu d’eux.

Des jurements et des imprécations remplissaient les airs, et les oreilles du pauvre Hall furent outragées par une imputation qu’elles entendaient, je suppose, pour la première fois. On l’appelait un « s… aristocrate, » un « mercenaire payé par les vils aristocrates. » À tout cela cependant l’honnête et vigoureux ouvrier se montrait très-indifférent, sachant bien qu’il n’y avait pas un fait dans toute son existence, pas une pensée dans son âme qui pût justifier cette accusation. Il y répondit cependant d’une voix ferme et claire :

— Appelez-moi tout ce que vous voudrez, je ne me soucie guère de vos injures. Il n’y a pas un homme parmi vous qui croie que je suis un aristocrate ou un mercenaire aux ordres de quelqu’un. Mais j’espère que je ne suis pas encore assez fripon pour chercher à voler un voisin, parce qu’il est plus riche que moi.

— Qui a donné à Hughes Littlepage sa terre ? demanda un de la bande, sans affecter le jargon des autres, quoique son masque modifiât suffisamment la voix.

— Vous savez vous-même qu’il l’a reçue du roi.

— Il n’en a jamais labouré un seul acre, cria un autre. Si c’était un honnête et actif travailleur comme vous-même, Tom Hall, nous pourrions l’endurer ; mais vous savez qu’il ne l’est pas. Ce n’est qu’un dépensier et un aristocrate.

— Je sais, répliqua Tom Hall avec vivacité, que des mains dures